Le regard de Maurice Deber pesa un instant sur Cady.

—Oh! moi, tu sais, prononça-t-il froidement, je suis très vieux jeu... Je n'admets pas les enfants modern-style... Cela me paraît de petits monstres exaspérants et, en somme, rien moins qu'intéressants... Des phénomènes destinés à faire des adultes pitoyables...

Sous l'insulte inattendue, Cady bondit comme une chèvre. Mais le peintre la tenait solidement contre lui. Il éclata de rire.

—Calme-toi!... Ne fais pas attention aux rosseries de ce Tonkinois... de cet opiumomane misogyne!... Il ignore la Parisienne et ne comprend plus que la congaïe primitive!...

Maurice Deber eut un bon rire.

—Tu te trompes totalement!... D'abord, sache que j'ignore le goût de l'opium, et apprends que la congaïe est certainement un être aussi compliqué et mystérieux que la jeune personne que voilà. Si j'aime les enfants vieux jeu, c'est que je puis les apprécier... J'en connais qui sont de braves petites filles, couchées à neuf heures, candides comme des agneaux et tout à fait ignorantes du flirt que, j'espère bien, elles éviteront, même à l'âge où il deviendrait normal.

Jacques flattait de la main la joue de Cady frémissante, ses yeux chargés de colère fixés sur Deber.

—Ah! oui! tes nièces, fit-il négligemment. Elles sont gentilles, mais pas suggestives le moins du monde.

—Ma sœur serait enchantée de ton appréciation! riposta Maurice.

Maintenant, la main du peintre palpait le torse libre de la fillette sous le léger corset sans baleines.