Quand il s’éveilla, il perçut l’accent spécial, très étranger et très parisien, de Paul Durand racontant :

— … Ils étaient trois, le mari, la femme et leur ami à tous deux… Ils ignoraient l’un et l’autre totalement cette preuve touchante de leurs goûts communs… Ils se rencontraient, le mari les jours pairs, la femme les impairs, dans une boîte que certainement aucun de vous ne connaît, dans la chambre verte à la décoration saugrenue de…

— … de coquilles de Saint-Jacques ! interrompit Cady, en une fusée de rire échappée des lèvres de Marie-Annette.

— Est-ce vrai, madame de Montaux, demanda Voisin, que cette bonne Garnier fut jadis votre très correcte institutrice ?…

Paul Durand poursuivait :

— Ils y avaient leurs vêtements « de nuit » dirai-je improprement, puisque les rendez-vous furent toujours diurnes… Or, il arriva qu’il y eut deux déshabillés bleus presque semblables, et que, par erreur, un jour, on fit échange. Madame rapporta au domicile conjugal et revêtit un bien qui, pour être élégant, ne lui appartenait quand même point… Et, par malheur, le mari possédait des yeux de lynx, une mémoire indéroutable… Apercevant son épouse drapée dans ces délicieuses fanfreluches qu’il reconnaissait trop bien, il pâlit, il rougit.

«  — Madame, s’écria-t-il, d’où vient ce vêtement ? »

— Vous nous rasez ! Paul Durand, interrompit Mme de Montaux. Il y a huit jours qu’on la connaît, votre histoire… Et, d’ailleurs, elle est fausse d’un bout à l’autre.

— Par exemple ! protesta le journaliste.

— Certainement, puisque, en réalité, il ne s’agit point de deux hommes et d’une femme, mais bien de deux femmes et un homme…