— Paul ! Paul !… Oh ! Paul, au secours !

Et le désordre de cette scène surprenante parvint à son comble lorsque le beau Montaux surgit, en pyjama orange. Avait-il entendu, saisi ce qui se passait, au travers de la cloison ?… Il ne manifesta aucun étonnement, et fit face à Deber, qui s’élançait sur Voisin, avec un geste d’assassin.

— Allons, je pense que vous sortez d’un cabanon ! Comment vous trouvez-vous chez ma femme, vous ? cria l’ancien officier de dragons, avec une indignation pleine de noblesse.

Maurice Deber s’arrêta net, une expression d’incommensurable dégoût dans les yeux, sur la bouche.

— Gredin ! canaille ! fit-il, la main levée.

Mais, d’un mouvement admirablement preste, Paul de Montaux avait saisi et rabattu cette main. Et, passé maître dans l’art du plus pur jiu-jitsu, il domptait le colonial par une torsion cruelle du coude, le conduisait vers la porte sans résistance possible de la part de l’autre qu’il projeta rudement dans le couloir.

— Monsieur Deber, veuillez quitter cette maison le plus tôt possible !… Je vous excuserai près de ma tante, Mme Darquet… Demain, à dix heures, mes témoins seront chez vous, à Paris !…

La porte se referma, Maurice rentra dans la demi-nuit, dans la paix discrète du corridor. Le cauchemar avait passé sur lui, et avait disparu, en somme, incompréhensible.

Il lui sembla que la folie gagnait son cerveau. Il descendit précipitamment l’escalier, sortit par une fenêtre du rez-de-chaussée, et rejoignit la route en franchissant une haie, fuyant comme un sanglier blessé.

La lune montait dans le ciel, jetant une clarté livide sur la terre, exagérant les angles et les ombres. Il marcha, marcha, parvint à la petite gare déserte. La salle n’était pas fermée. Il se laissa tomber sur un banc. Il se répétait :