Le juge fit un grand geste.
— Assez, monsieur !… Taisez-vous !… Peu m’importe l’opinion que vous avez de moi, mais je n’admettrai pas que vous insultiez ma femme !… Oui, je crois que vous l’avez sérieusement, profondément aimée… Par égard pour ce sentiment vrai, pour la douleur que vous semblez encore ressentir de sa perte, je veux bien vous pardonner tout ce que vous avez prononcé de malséant… Mais n’ajoutez plus rien, arrêtez-vous, et séparons-nous !… Assez, en voilà assez !…
Machinalement, Deber avait repris son chapeau ; puis, aussitôt, il le rejeta brutalement ; et, la voix étranglée, prononça :
— Savez-vous que Cady… que Mme Renaudin a passé l’avant-dernière nuit à Rouen, en compagnie de Jacques Laumière ?
Renaudin répondit avec indignation.
— Oui, monsieur, je le sais !… et je n’ai aucun soupçon !… aucun doute !… Je connais ma femme, et je ne commettrai point envers elle l’outrage de l’accuser des abominations qu’invente votre esprit haineux et détraqué !…
Deber ricana avec exaspération.
— Bon, bon, vous passez Laumière à votre épouse !… mais, admettrez-vous Hubert Voisin !
Cette fois, le juge tourna le dos, écœuré.
— Monsieur, je vous prie de sortir !… Vous êtes un fou, un être mal équilibré, dangereux !… Je vous plains… Je ne suis ni un athlète ni un duelliste… Je ne saurais me colleter avec vous, ni vous appeler sur le terrain, mais je vous déclare que je vous considère comme un dément, et que j’éprouve pour vous une pitié répugnée, un véritable dégoût !…