Le colonial se laissa tout à coup tomber sur un siège, le front dans ses mains.
— Mon Dieu ! cria-t-il avec désespoir, quels mots faudra-t-il donc trouver pour vous convaincre ?… Quelles preuves exigerez-vous ?…
Renaudin, subitement radouci par la sincérité poignante de cette exclamation, se rassit.
— Monsieur, j’ignore à quel mobile précis vous obéissez, mais croyez-moi, partez… Ne revenez plus sur ce que vous avez osé me dire… Je l’oublierai… J’admettrai qu’un cauchemar vous a conduit chez moi, et que vous avez parlé sous son influence… Partez, et éloignez-vous pour toujours de notre route… Vous ne pouvez causer que du mal.
Deber écarta ses mains de son visage, qui apparut livide, saisissant d’angoisse contenue.
— Monsieur, dit-il avec plus de calme qu’il n’en avait montré jusqu’alors, je me bats demain avec le cousin de Cady, M. Paul de Montaux… J’espère le tuer… ensuite, je provoquerai cet infect individu, Hubert Voisin… que je tuerai aussi… quand ce ne serait que pour me libérer de l’épouvantable vision que j’ai eue à la Brolière, la nuit dernière !…
Cette fois, brusquement inondé par une cruelle anxiété, Victor Renaudin se souleva.
— Quelle vision ? cria-t-il. De quoi parlez-vous ?
Deber porta la main à son front, tout à coup défaillant, les idées en déroute.
— Que sais-je ? fit-il d’une voix éteinte. Quelle immonde scène ai-je interrompue ?… Quelles joies répugnantes, inavouables, incompréhensibles, Cady va-t-elle rechercher en cette compagnie ?… Tout le jour, j’ai entendu des conversations indécentes, ignobles… J’ai guetté, surpris des attitudes, des gestes révoltants… Le soir, j’ai attendu à la porte d’une chambre, écouté… Je suis entré… Cady était là… et dans cette chambre il y avait aussi Hubert Voisin, et cette femme, cette névrosée… Marie-Annette… Dans quel but inavouable se trouvaient-ils réunis ?… Quelles scènes allaient-elles se passer… que mon intrusion a prévenues… et que le geste de bravache du mari… de cet inexplicable Paul de Montaux est venu couvrir ?…