— Debout ! fit-il avec rudesse. Quand la tempête sévit, est-ce le moment de se coucher à fond de cale et de pleurer ?… N’avez-vous pas commis assez d’erreurs, et êtes-vous vraiment incapable de ressaisir le gouvernail, de reprendre la direction de votre barque partie en dérive ?… S’il en est ainsi, retirez-vous, et laissez la place à de plus énergiques qui sauront vaincre les éléments et sauver les passagers que vous laissez périr !…
Renaudin releva le front avec lenteur, et tourna ses regards vers Maurice, l’étudiant longuement, attentivement, avec une subite méfiance.
Enfin, il eut un soupir et se redressa.
— Tout ce que vous avez dit jusqu’ici n’était-il que pour en arriver là ? fit-il avec une nuance marquée de dédain.
Deber tressaillit, cinglé, comprenant le sens profond de ses simples mots.
— Que voulez-vous dire ? cria-t-il, toute sa rancune, sa haine du rival revenues en lui, avec peut-être encore plus d’intensité qu’auparavant.
Le juge, qui se ressaisissait, reprit avec autorité :
— Vous le savez fort bien !… Sous vos métaphores, il y a une pensée parfaitement claire, et que je saisis malgré mon imbécillité, non moins bien que le but auquel vous vous efforcez d’atteindre ; prendre ma place auprès de Cady !… Halte-là, monsieur !… D’abord, laissez-moi vous dire que vous vous trompez grossièrement si vous croyez que vos délations sont arrivées à ébranler mon affection pour ma pauvre petite enfant !…
Et l’autre voulant parler, il le prévint avec vivacité.
— Oh ! c’est entendu, je ne proteste plus ! je ne doute plus ! j’admets !… Oui, j’admets tout ce que vous m’avez dit d’elle… j’admets sa culpabilité… Surtout, je reconnais ma faiblesse, ma stupidité, mon inconscience… Mais soyez sûr que jamais, entendez-vous !… jamais aucune faute, aucune aberration de ma pauvre petite fille ne me poussera à un acte de colère ou de vengeance contre elle !…