Elle mentait ?… Oui, elle mentait !…

Et pourtant, non !… Pourquoi aurait-elle menti ?… Est-ce qu’elle n’était pas sûre de son pouvoir, à elle… de sa faiblesse, à lui ?… Est-ce qu’elle ne savait pas qu’il était obligé de tout lui pardonner ? Alors pourquoi aurait-elle déguisé la vérité avec tant de soin, tant d’art, tant de naturel ?…

En somme, le récit de Deber présentait des lacunes, des invraisemblances… Avait-il menti sciemment, ou réellement mal compris ?… Il avait bien parlé de la présence de Paul de Montaux… C’était d’ailleurs avec l’ancien officier de dragons que le duel avait lieu… Alors, comment des scènes honteuses pouvaient-elles s’être accomplies sous les yeux du mari de Marie-Annette ?… Montaux était un homme correct, incapable d’infamie… Sans doute, Renaudin n’ignorait pas qu’il menait une vie plus que légère, et qu’il ne s’occupait guère de l’existence désordonnée de sa femme, mais entre cela et l’abîme de fange dont Maurice Deber l’accusait, il y avait un monde !…

Les questions répétées, insistantes, impatientées de Cady le tirèrent enfin de sa rêverie.

— Dis-moi si tu sais quelque chose du duel ?… C’est certainement pour ce matin.

Renaudin passa sa main sur son front lourd et moite.

— Je ne sais rien… Est-ce que j’ai songé à ces gens ! dit-il bas, avec découragement.

Cady sauta à bas du lit.

— Je vais réveiller Marie-Annette !… Il faut absolument que nous obtenions la communication avec le Paris-Soir… Sûrement, Voisin sera au courant…

Son mari tressaillit douloureusement.