— Cady ! je te défends de parler à cet homme !
— A qui ?… A Hubert Voisin ?… Mais, tu es véritablement fou ! s’écria-t-elle avec la stupeur la plus naturelle.
Il protesta, la voix saccadée.
— Non ! je l’ai en horreur !… Je veux, tu entends, Cady, je veux que tu te sépares radicalement de ce monde… que tu quittes ce milieu…
Et, revenant vers elle avec une vivacité soudaine, il enlaça le corps mince, libre sous la chemise et l’étroit jupon de linon qu’elle venait de passer.
— Cady, ma chérie, ma petite enfant, aie pitié de moi ! implora-t-il oppressé, la respiration haletante. J’ai souffert… Oh ! j’ai tant souffert !… Et pourtant, tu vois, je suis venu à toi sans colère… non pas en époux furieux, armé par la loi, par les mœurs, par toutes les conventions… Tout cela, ce n’est pas ce qui nous lie !… Il n’y a qu’une chose, mon affection, ma tendresse pour toi… Si tu étais coupable, je t’aurais pardonné… Si tu n’as été qu’imprudente, mes bras te sont ouverts… Mais, je t’en prie, pour moi, pour toi plus encore, comprends et accepte qu’il faut que nous changions de vie… que nous nous écartions de ces milieux malsains où je souffre, où j’ai peur, où toi-même tu n’es pas à l’aise, où tu n’es pas heureuse… puisque naguère tu voulais mourir… Cady, ma chère petite Cady… Je croyais n’avoir réfléchi à rien pendant ces heures épouvantables que je viens de traverser, et pourtant, il est certain qu’une foule de pensées, de projets se sont gravés en moi, à mon insu, et je les retrouve à présent… Cady, si tu le veux, si tu le permets, je vais donner ma démission… Nous quitterons Paris… Nous irons vivre où tu voudras, comme tu voudras… je ne veux point t’imposer une retraite morose !… L’hiver, nous nous installerons en quelque endroit gai et mondain de la Côte d’Azur… l’été, tu choisiras la campagne, la ville d’eaux ou de bains de mer qui te plaira… Même, de temps en temps, nous reviendrons à Paris pour un court séjour… Mais nous romprons en fait avec ton entourage et nous nous créerons une autre existence, toute différente de celle que nous avons actuellement, où je serai ton guide, ton soutien, ton compagnon et ton ami de tous les instants, de toutes les minutes… Cady, tu consens, dis ? Tu comprends qu’il faut consentir, n’est-ce pas ?… que c’est tout ton avenir qui doit se décider aujourd’hui…
Elle l’écoutait surprise, attentive, ses nerfs tendus un instant amollis par la chaude tendresse émanant de la voix de son mari, vaguement séduite par cette perspective inopinée de repos, surtout de rupture avec ce monde qui lui avait inexorablement enlevé son seul ami.
— Eh bien, mais, fit-elle lentement, à première vue, ce n’est pas une si mauvaise idée.
Il balbutia, fou de joie :
— Oh ! ma chérie, tu veux bien, tu acceptes ?…