Et durant de longues minutes, elle demeura immobile, prostrée, sans forces pour se relever, sans courage pour recommencer à mentir, à agir, à vivre… tout petite, toute menue, semblant réduite à rien… pelotonnée dans la pièce étroite qui, avec ses murs nus de carreaux de faïence blanche, semblait le caveau où l’on venait de déposer une morte.
VII
Pendant toute la matinée, il avait été absolument impossible d’obtenir la communication téléphonique avec le Paris-Soir. En vain, Marie-Annette, exaspérée comme Cady, avait-elle tenté de causer soit avec Voisin, ou Paul Durand, ou son mari, au cercle, à leur domicile, ou en tout autre endroit où elle supposait qu’ils avaient pu se rendre. Partout, elle les avait manqués.
— Enfin, il n’est pas possible qu’ils se soient battus cinq heures durant et, en ce moment, il y a bien une solution quelconque, que Deber ou Paul aient écopé ! s’écriait-elle avec autant d’impatience et de curiosité déçue que de manque d’émotion pour le risque couru par son époux.
Et l’énervement des deux jeunes femmes devant cette absence de nouvelles s’aggravait de la nécessité où elles étaient de dérober leurs préoccupations à Mme Darquet et à ses autres hôtes.
Soudain, vers midi, le ronflement d’une auto s’arrêtant devant le perron attira l’attention générale. Cady, qui s’était élancée à la fenêtre, poussa un cri de joie.
— Paul Durand !… Enfin, nous allons savoir !…
Mme Darquet gronda, choquée :
— Quelle folle, cette Cady !… Que se passe-t-il donc, je ne serais pas fâchée de le savoir ?
Renaudin, auquel elle s’adressait, fit un geste vague, les yeux attachés sur Marie-Annette très pâle, qui n’avait ni bougé, ni proféré une parole. Après tout, la jeune femme, malgré son apparence légère et l’indifférence qu’elle professait envers son mari, conservait néanmoins au fond d’elle de l’affection pour lui : son trouble, à cette heure d’incertitude, le prouvait.