Déjà Cady rentrait, bruyante, exaltante, ramenant Paul Durand, qui souriait d’un air discret et important.
— Victoire ! Victoire !… Il n’y a mort d’homme, mais le sauvage a bien manqué d’y passer !… Un peu plus, ça y était !… Marie-Annette, ton mari fut sublime !…
Mme Darquet s’était levée, toute rouge d’indignation.
— M’expliquerez-vous ce que signifie cette charade ?
Le journaliste se pencha et baisa respectueusement la main qu’elle lui tendait, en un geste de gifle.
— Excusez-nous, madame, vous allez tout savoir, dit-il en souriant avec grâce. Il faut vous avouer qu’avant-hier soir, pendant une partie de billard, il y avait eu un regrettable incident entre cet ours colonial qui a nom Maurice Deber et M. Paul de Montaux, votre neveu. Sur un prétexte des plus futiles, M. Deber, agacé par on ne sait quoi… probablement en proie à une crise de neurasthénie, se permit des paroles dont M. de Montaux s’offensa. M. Deber se refusant à les retirer, une rencontre fut décidée. Elle a eu lieu ce matin. Et, pour que Mme de Montaux soit rassurée au plus tôt et qu’elle apprenne tous les détails du combat, je me suis jeté dans une auto sitôt le procès-verbal rédigé, et me voici…
Le front couvert de nuages, Mme Darquet déclara sèchement :
— Tout ceci m’est on ne peut plus désagréable, et je ne puis concevoir comment on m’a tenue dans l’ignorance de ce qui arrivait sous mon toit…
Cady l’interrompit irrévérencieusement.
— Oh ! ma mère, vous gronderez Paul Durand plus tard !… Laissez-le nous raconter le duel !…