— Voilà… Je suis vieux, murmura-t-il avec désespoir. Autrefois, j’aurais su la garder… J’aurais osé lui défendre de me quitter…

IX

Pendant le trajet de Nieulles à Paris, une gaieté inattendue s’était peu à peu emparée de Cady. Éminemment impulsive, elle se laissait aller aux sensations qui l’assiégeaient sans chercher à les analyser, non plus qu’à les excuser vis-à-vis d’elle-même.

Après la consternation, le sincère chagrin qu’elle avait éprouvés devant le désespoir du malheureux Renaudin, un sentiment d’allégement l’emplissait tout entière. Sa liberté soudaine l’enivrait et elle s’élançait en des songes délicieux.

Affranchie de tout devoir, de toute sujétion, il lui semblait naturel, certain, qu’elle retrouvât Georges aussitôt. Au fond d’elle, obscurément, puérilement, presque superstitieusement, elle était persuadée qu’elle le verrait bientôt surgir… qu’il lui apparaîtrait peut-être le jour même.

Tout en bavardant familièrement de niaiseries avec Joséphine, elle se penchait par la portière du wagon à chaque arrêt ; elle inspectait toutes les stations, comme si partout elle eût attendu la venue du jeune homme.

A la gare Saint-Lazare, pendant que Joséphine, stupéfaite de son attitude, s’occupait des bagages, elle dévisageait tous les passants, le cœur battant, un mystérieux sourire aux lèvres.

A l’entrée du passage Porsin, où elle se fit conduire, abandonnant fiacre, femme de chambre et bagages, elle s’élança dans la loge de la concierge.

— Bonjour, madame Mortier !… Est-ce que monsieur est venu ?

La petite femme rejeta son ouvrage de couture, et se leva, avec empressement.