Bien que le soleil brillât ce jour-là et que la température fût redevenue celle d’un bel après-midi d’automne, Cady, de plus en plus morne et indifférente, avait obstinément refusé de sortir.

Après avoir vainement essayé de l’entraîner au dehors, Mlle Deber, découragée, s’assit en silence à ses côtés, sans songer cette fois à prendre son ouvrage.

— Denise, pourquoi me contemplez-vous avec cet air soucieux ? demanda la jeune femme au bout de quelques instants.

Mlle Deber ne répondit pas tout de suite.

— Parce que, dit-elle enfin, je suis attristée de voir que, si physiquement vous allez tout à fait bien, au moral je ne sens en vous aucune amélioration… Et je me désole, parce que je me reconnais trop inhabile, trop ignorante, moi, pauvre vieille fille, qui n’ai jamais côtoyé aucun drame, pour vous venir utilement en aide, pour vous dire les mots qui vous consoleraient… pour vous donner l’appui qu’il vous faudrait… Je vois que vous souffrez… Mais cette souffrance reste pour moi dans les ténèbres.

Cady serra autour d’elle l’incommode kimono ouaté qui l’habillait, et demeura pendant quelque temps muette, les yeux fixés sur le feu. Du bout du pied, sans pitié pour ses pantoufles — chaussures confortables, mais sans aucune élégance, achetées chez la mercière du lieu — elle faisait rouler les braises du foyer.

Enfin, elle demanda inopinément, la voix émue :

— Pendant que j’étais très malade… vous êtes certaine que Victor… que M. Renaudin n’a pas appris l’état réel où je me trouvais ?…

Mlle Denise demeura interdite.

— M. Renaudin ? balbutia-t-elle. Oh ! bien entendu non, il n’a rien su… Qui lui aurait dit ?…