— Non, je ne l’aime pas, je ne l’ai jamais aimé… Mais j’ai besoin de lui, ou plutôt j’ai soif de son affection, de sa protection… Sans lui, je me sens telle qu’un chien perdu… Je suis, vis-à-vis de lui, comme l’animal envers un maître parfait… On l’aime d’un amour égoïste, qui ne livre rien et reçoit tout… On l’aime parce qu’il vous défend, vous choie, vous adore… On se laisse vivre à ses côtés, insoucieux de lui, heureux parce qu’on ne lui donne que le bonheur de se dévouer, de vous chérir… Quand il est là, on ne pense jamais à lui, il obsède parfois… Lui parti, on n’existe plus.
Mlle Denise poussa un cri de détresse.
— Mais alors, si vous le regrettez, pourquoi divorcez-vous ?
Cady gémit plaintivement.
— Parce qu’il ne peut plus supporter la souffrance de m’aimer !…
Mlle Denise fit un geste accablé.
— Ah ! je ne comprends plus !…
Cady releva la tête.
— Parce que vous ne savez rien ! fit-elle d’une voix brève. J’étais tout dans la vie de Victor… Il me voyait d’abord au travers de son amour, de ses illusions… Puis, les voiles ont eu beau tomber, il m’aimait plus encore, telle que je lui apparaissais peu à peu… Il me pardonnait tout… il acceptait de se leurrer… mais, le dernier coup a dépassé ses forces… il a fui… il ne veut plus, il ne peut plus me revoir… J’ai cru d’abord être joyeuse de ma liberté… et très vite, je n’ai plus senti que l’abandon… J’ai écrit à Victor… Oh ! il me connaît trop bien pour ne pas m’avoir vue au travers de ces lignes comme si j’avais été devant lui !… et, il ne m’a pas répondu !… lui !… lui !…
Le front assombri, les yeux attachés au sol, Mlle Denise demanda, la voix tremblante :