— Cady… avez-vous été vraiment coupable ?… ou seulement coquette… imprudente ?…
Mais, comme la jeune femme, perdue en une songerie, ne répondait point, elle n’insista pas.
XII
Fraîche, vive, vêtue d’un élégant tailleur gris, un feutre noir mou enfoncé sur ses cheveux qui resplendissaient sous le soleil méridional, Cady traversa rapidement le jardinet de la villa, qui donnait sur le boulevard longeant la mer, à Menton. Dans ses deux mains dégantées, elle serrait le courrier très important ce matin-là, qu’elle venait de recueillir dans la boîte de la grille.
Derrière les eucalyptus et les palmiers, deux persiennes du rez-de-chaussée étaient encore closes. La jeune femme se récria en riant.
— Denise !… Comment, Denise, vous dormez encore à cette heure-ci ?… Ce n’est pas possible, on me l’a changée !…
Joséphine, qui brossait une jupe sous la véranda, eut un rire discret.
— Mademoiselle a pris un bain, son thé, et elle s’est recouchée… elle avait l’air si contente, elle paraissait se trouver si bien !… et comme si c’était la première fois de sa vie que cela lui arrive de se dorloter !… C’est à n’y pas croire… Des gens si riches, et qui se donnent si peu de bon temps… et qui sont installés chez eux, pire que des paysans… Si je disais à madame que, là-bas, à Loudéac, la bonne m’a affirmé que la vieille Mme Deber fait sa toilette le matin avec une serviette roulée autour de sa main qu’elle trempe dans un verre d’eau et d’eau de Cologne !… Et on va aux bains publics deux fois l’an !…
La fenêtre s’ouvrait, Mlle Denise, enveloppée d’une robe de chambre en flanelle grise, clignait des yeux, éblouie, s’excusait en souriant, confuse.
— C’est abominable, affreux !… Je me perds dans les délices du farniente et de la paresse… Ah ! Cady, vous m’avez débauchée !…