Cady ne répliqua rien ; la promenade se continua en silence. Mlle Denise, dont la jeune femme avait pris le bras, la sentit peser contre son épaule.

— Vous êtes fatiguée ? dit-elle avec sollicitude.

— Un peu, fit Cady d’une vois morne. J’ai beaucoup marché ce matin.

— Rentrons, proposa Maurice. Denise nous fera du thé, et nous irons nous reposer.

— Je t’ai fait préparer une chambre, dit Denise avec timidité.

Son frère répondit sèchement :

— Je suis descendu à l’hôtel… C’est plus convenable.

Dans le jardin de la villa, Cady et Maurice s’assirent sous la véranda, tandis que Mlle Denise s’éclipsait, se devinant importune.

Cady parla tout de suite, d’une voix basse, pénétrée d’émotion.

— Je voudrais, Maurice, que vous vous rendiez compte que c’est une grave erreur, une faute irréparable de me ramener dans le milieu où évolue ma mère… J’ai beaucoup changé depuis quelques mois, j’ai saisi une foule de choses qui m’étaient étrangères… J’ai retrouvé de vieilles impressions d’enfance — celles qui étaient bonnes — et qui, peut-être, avec un peu de culture, se développeraient tout à fait en moi… mais enfin, mon caractère n’est pas encore modifié assez profondément… Songez à tout ce que je vais retrouver… Et cela, au moment où, réellement, ce monde me devenait odieux, où je commençais à goûter celui où votre sœur, cette excellente Denise, s’efforce de m’attirer… Certainement, je me suis ennuyée d’abord parmi les vôtres, mais peu à peu cet ennui ne m’a plus été pénible… et il me semble que les années se passant, je m’acclimaterais complètement à cette atmosphère si différente de celle qui a entouré ma jeunesse…