— Oui… ils nous ont séparés.
— Qui ?… Votre mari ?…
— Non, Victor ne sait rien. Maurice Deber, qui a espionné, et qui a menacé Georges… et moi-même.
Elle se fouilla, et tendit la lettre du jeune homme.
— Tenez, lisez…
Argatte lut et relut, les sourcils froncés, plongé dans une rêverie profonde. Enfin, il replia le papier, et le posa sur son bureau.
— Eh bien, il est évident qu’il est sincère, accorda-t-il d’un ton contrarié. Mais quoi, on ne se tue pas parce qu’un joli marlou vous est enlevé…
Il insista vivement, au geste de Cady.
— Si, si, il ne faut pas se faire d’illusion !… Possible que vous ayez ce garçon dans la peau, mais, je le connais, c’est la dernière des fripouilles… Non, Cady, ne vous fâchez pas, et écoutez-moi !… Sûr, que je voudrais coucher avec vous, mais je suis aussi très sincèrement votre ami… et je vous dis… Je n’aurais certes pas agi comme Deber, mais je suis enchanté qu’il l’ait fait… du moins, à présent que cela a bien tourné… Maintenant, il faut tâcher d’arranger cela vis-à-vis de votre mari, et surtout passer l’éponge sur le passé… Le petit coco a filé, n’en parlons plus, hein ?… et redevenons notre Cady jolie, pas sentimentale pour deux sous… Car, au fond, tout ça, c’est une crise de sentimentalité de pensionnaire…
Cady étendit les deux mains, en un geste instinctif de prière.