Le peintre observa :

— C’est absolument grotesque. Ta mère sera furieuse de nous avoir attendus pour le déjeuner, et cela fera des chichis sans fin ; j’ai cela en horreur… Pour un peu, je te plaquerais et je retournerais à Paris.

Cady resta parfaitement insensible à ces reproches mérités.

— Maman n’attend jamais personne, à moins que ça ne soit des princes ou des membres du gouvernement… Ensuite, je parie bien qu’à la campagne le déjeuner a lieu à des heures invraisemblables… Tu verras que nous arriverons aux hors-d’œuvre, si même on a déjà commencé.

Après les rues populeuses de la ville, les faubourgs sordides, les essais piteux de maisons de campagne semblables à des concessions de cimetière, ç’avait été, brusquement, une immense plaine dénudée, que l’auto avait franchie à grande allure ; puis, la route s’élançait au flanc d’une colline plantée de bois.

Cady respirait avec délices l’odeur de fougère fraîche et de feuilles de châtaignier desséchées.

— Ça me rappelle mon enfance, les allées du parc que ma grand’mère arpentait en tapant le sol de sa canne et en m’appelant, tandis que je me cachais derrière les tas de fagots ou dans les taillis épais.

— Pourquoi te cachais-tu ?

— Pardi, pour lui échapper ! Elle me grondait toujours.

— Est-ce que tu étais déjà la perverse gamine que j’ai connue… hélas ! il y a près de quinze ans…