Je frissonnai délicieusement. Elle reprit :
— Nous sommes seuls, n’est-ce pas ? Viens tout près de moi, plus près encore, et sache mon secret… Joseph, j’ai un amant !
— Toi ?… Vous, Émilia ?… un amant !
— Sans doute, dit-elle ; tu ne t’en doutais pas ? C’est Trivulce.
— Trivulce Ah ! j’entends. C’est un amant, j’en conviens, et j’en suis un aussi. Et le frère Peppo, qui vient demander l’aumône tous les samedis et qui vous fait des déclarations, c’est encore un amant ? Cela vous en fait trois.
— Rêves-tu ? dit-elle. Me prends-tu pour une petite fille ? Le chevalier est mon amant ; tu dois savoir ce qu’un tel mot veut dire. Si je t’avoue cela, c’est parce que nous comptons sur toi pour nous aider dans nos amours…
Vous concevez ma stupéfaction et mon désespoir. Qu’allais-je répondre ? Je ne sais. Je sentis tout à coup quelque chose me tomber sur la tête.
C’était un coup de bâton.
Il fut suivi d’un autre, puis d’un autre, puis d’un autre, jusqu’à ce que mon oncle, reconnaissant ma voix, s’arrêta subitement pour me dire :
— Comment ! c’est toi, Joseph ?