Émilia s’était enfuie.
— Que diantre fais-tu là ? continua le bonhomme stupéfait. Je te prenais pour Trivulce qui, à ce qu’on m’a raconté, vient la nuit donner la sérénade à ma fille. Est-ce l’heure et le moment de bavarder avec ta cousine, que tu vois toute la journée et à qui tu peux parler dans tous les coins ? A quoi bon ces cachotteries ? Est-ce que vous vous aimez par hasard ? Eh ! eh ! cela m’arrangerait tout à fait. J’ai songé plus de vingt fois à vous marier ensemble.
— Ah ! mon oncle, quel affreux bâton !
— Je l’avais choisi exprès.
— Vous m’avez cassé quelque chose.
— Peut-être bien.
— Oh ! la ! la !
— Oui, cela te fait mal, je le comprends. Va te coucher, ce n’est pas le moment de parler affaires. Nous nous expliquerons demain. Je ne t’en veux pas.
— Ni moi, mon oncle.
Oh ! non, ce n’était pas le moment de parler affaires. Dire quelle nuit je passai est impossible ! Je mordais mes draps, je déchiquetais mon traversin, je bondissais tout d’une pièce, je poussais des cris absurdes, j’avais envie de me lever et d’aller tuer Trivulce ! Pour me soulager, simplement. Tuer quelqu’un, surtout Trivulce, m’eût été une bien grande consolation. Ce n’est qu’au matin que je m’endormis, épuisé, éreinté. Je me réveillai fort tard et ne descendis qu’à la tombée du jour.