Mon oncle souriait d’un air encourageant ; Émilia baissait les yeux et paraissait très intéressée par son ouvrage de couture. Moi, j’avais l’air assez penaud, naturellement.

— Eh ! tu peux l’embrasser, dit mon oncle avec un gros rire. Voyons, fillette, laisse-toi faire. Tu lui dois bien un dédommagement pour ce qui s’est passé hier soir !

Je le confesse en toute humilité ; en recevant l’autorisation d’embrasser ma cousine, je ne songeai plus à rien, sinon au plaisir que j’allais avoir.

Je m’approchai. Elle me regarda, étonnée, mais ne s’opposa pas aux baisers que je lui mis sur les joues.

Cela fait, mon oncle jugea bon de nous laisser seuls, et sortit en se frottant les mains.

Émilia se leva rapidement, m’entraîna vers une fenêtre pour lire dans mes yeux, et me dit joyeusement :

— Ah ! que tu es bon, que tu es bon ! Tu as laissé croire à mon père que tu voulais bien m’épouser, pour détourner les soupçons qu’il a sur Trivulce !

Continuons à dire la vérité ; mettons à nu les lâchetés de mon cœur. Sous les yeux de la séduisante créature, j’avais oublié l’aveu cruel qu’elle m’avait fait la veille, et je lui répondis :

— Je veux vous épouser, véritablement.

— C’est impossible !