Quelle journée ! Un premier rendez-vous est une bonne chose : cela fouette le sang et exerce les nerfs.

La nuit arriva. Je ne touchai guère au souper, si bien que l’oncle Cagliostro me dit :

— Tu as l’air bien préoccupé, Joseph ?

— Non, mon oncle.

Enfermé dans ma chambre, j’entendis sonner dix heures, onze heures, onze heures et demie, onze heures trois quarts. Je descendis au jardin, à pas de loup, et me cachai dans un bosquet, sur le passage de l’allée qui s’éloignait de la maison. Minuit sonna ! Quelques minutes s’écoulèrent. Dans la nuit épaisse, je distinguai une forme légère qui s’avançait vers moi, baignée d’une blancheur lumineuse, et je compris pourquoi la nuit était si noire : toutes les clartés éparses s’étaient rassemblées sur ma cousine.

— Est-ce toi, Joseph ?

— Oui, cousine, c’est moi.

Je ne pus en dire davantage. Ma voix mourait dans mon gosier. Émilia prit mon bras et nous suivîmes l’allée obscure. Moi, si bavard avec la Rosaura, je ne savais que dire à cet ange.

J’avais envie et peur de la prendre follement dans mes bras et de la couvrir de caresses. Je tremblais pendant que ces folles imaginations me passaient par la tête. Enfin, comme impatientée de mon silence, Émilia se décida à parler.

— Mon Joseph ! dit-elle…