Une chose qui me déplut, ce fut de voir arriver chez nous, en même temps qu’Émilia, un de mes coquins d’amis, le chevalier Trivulce. Il paraît qu’il avait vu quelquefois ma cousine, par hasard, au parloir du couvent. Mon oncle lui permit de présenter ses respects à la pensionnaire défroquée, et l’impudent nous accabla de visites.
Émilia, d’abord, lui fit bon visage, et je pus croire que j’avais un rival dangereux. Je me trompais. Italienne, et par conséquent deux fois femme, ma cousine aimait à être courtisée, voilà tout ; en réalité, elle n’était touchée que de mes soins et de mes tendresses. Sa préférence s’accusait davantage tous les jours, et je regardais le chevalier d’un grand air de pitié. Plus d’une fois déjà j’avais imploré de ma cousine qu’elle m’accordât un rendez-vous mystérieux, la nuit ; elle me priait d’attendre, ne disant ni oui ni non, mais avec un tel sourire, mais avec de tels yeux qu’elle me donnait des palpitations de cœur.
Enfin, elle me parla un jour en ces termes :
— Tu es un bon garçon, Joseph, et je suis sûre que tu m’aimes.
— Si je vous aime, Émilia !
— Viens ce soir au jardin, quand tout le monde dormira.
— Ciel !… A quelle heure ?
— A minuit, veux-tu ?
— Oh ! Émilia !
— A ce soir ! fit-elle en s’esquivant.