« Les joailliers de la cour, qui étaient d’habiles gens, apportaient de temps à autre dans leur manche la miraculeuse parure ; ils la faisaient reluire aux yeux de Myria comme un miroir à prendre les alouettes. La vue n’en coûtait rien. Or, le bruit se répandit tout à coup que la princesse de Trébizonde, — à moins que ce ne fût la reine de Portugal, — marchandait le collier qu’elle voulait enlever à la Perse.
« Vous pensez que cette nouvelle ne fut pas pour plaire à Myria et qu’elle irrita fort son désir.
« Il y avait alors à Ispahan un illustre gentilhomme, grand-prêtre du dieu de l’endroit, — grand-prêtre galant, s’il en fut, et que je crois proche parent de celui qu’on força à lécher une écumoire.
« Le nôtre était éperdument épris de la belle Myria qu’il avait connue toute jeune dans une cour étrangère, et qui, autrefois, lui avait fait accueil. Mais il était tombé depuis dans la disgrâce de la souveraine, à cause de certaines indiscrétions que ne doit pas se permettre un homme bien élevé.
« Il désespérait de reconquérir son ancienne faveur, lorsqu’un hasard assez doux lui fit faire la connaissance d’une jolie sorcière, nommée O’Silva, laquelle approchait facilement de la sultane. »
— Est-elle de nos Trente-Six, ta sorcière ? me demanda Lorenza.
— Peut-être, ma belle curieuse, répondis-je un peu étonné de la perspicacité de ma femme ; mais ne m’interromps pas davantage, ou l’histoire ne finira jamais.
« O’Silva, fort habile à tirer les cartes, y lut l’horoscope du grand-prêtre, et lui déclara qu’il ne rentrerait en faveur auprès de la sultane qu’en lui offrant le bijou merveilleux ; la sorcière ajouta qu’elle se chargerait volontiers, — uniquement par tendresse pour monseigneur, — de porter le présent. Un cœur bien épris n’hésite point en pareille circonstance. Le grand-prêtre n’avait pas l’argent nécessaire à l’achat du riche collier ; mais, quoique compromis dans d’assez méchantes affaires, il avait du crédit, et il acheta aux joailliers le talisman qui devait lui procurer l’inestimable joie d’être aimé de Myria. »
— Et qu’est-il résulté de tout cela ? dit ma femme.
— Je te ferai remarquer, repris-je, que je lis ce conte dans la Gazette de Hollande, et que cette gazette a l’habitude de couper ses histoires en morceaux et de les interrompre au plus beau moment. Je tourne la page, et je lis : « La suite au prochain ordinaire. » Je ne puis donc continuer.