— En toute franchise ?

— Oui.

— Vous allez mentir. Dites toujours.

— Eh bien, je voudrais savoir, belle Jeanne, si nous ne jouons pas un peu la comédie ?

— Si nous la jouons, n’est-ce pas vous qui avez fait la pièce ?

— En partie. Mais vous êtes femme à apporter plus d’un changement à votre rôle. Êtes-vous certaine que vous ne vous moquez pas de notre excellent prince, et de moi par dessus le marché ?

— Pour ce qui est du prince, avouez qu’il mérite qu’on se gausse de lui. Outre qu’il y a quelque chose de plaisant dans sa passion pour la reine, n’ai-je pas lieu de me plaindre du peu de cas qu’il fait de moi ? Je pense que ma personne, quoique un peu incomplète, vaut bien un hommage à moi seule adressé, et cela m’ennuie de changer de nom après les lumières éteintes. Quant à me moquer de vous, vous n’y songez pas, mon cher comte. Je n’ai garde de me frotter à un sorcier de votre force.

— Ainsi, vous ne voulez rien me dire ?

— Que vous dirai-je que vous n’ayez vu hier dans une carafe ou lu ce matin dans les yeux de Lorenza ? Je suppose que vous raillez.

— Comtesse, prenez garde ! Un premier succès vous donne beaucoup d’audace, et vous avez tort de ne pas rester mon amie.