Le soir même, Trivulce vint nous rendre visite, avec des airs penchés et discrets dont je comprenais mieux que la veille la cruelle signification.

Il baisa la main d’Émilia, à la française, et se montra plus tendre que de coutume. Ce fut une faute. Mon oncle, qui avait déjà des soupçons, — on se rappelle la bastonnade destinée à Trivulce et que j’avais endossée, — mon oncle ne vit pas sans irritation les galanteries du chevalier, et il lui signifia nettement un congé en bonne forme et définitif.

Une heure après, Émilia vint me trouver dans ma chambre.

— Joseph, me dit-elle, est-ce ainsi que tu tiens tes promesses ? Pourquoi n’as-tu pas défendu le chevalier tout à l’heure ?

— Hélas répondis-je, c’est que j’ai la bêtise de vous aimer.

— Oui, oui, je sais cela. Écoute, voici une lettre ; tu la porteras à Trivulce.

— Oh ! ma cousine !

— Pourquoi non ? Si tu m’aimes, tu dois aimer à me rendre service.

— Soit, je le ferai, mais pas pour rien.

— Que veux-tu donc ?