— J’ai dit que tu étais mon amant, répondit-elle, pour que les autres ne s’avisent pas de m’en conter. En quoi cela t’intéresse-t-il ? Est-ce que tu voudrais être mon amant, par hasard ?
— Je ne pense pas à autre chose ! repris-je avec une sincérité violente.
— En ce cas, fit-elle avec un étonnement qui n’était pas joué, pourquoi ne me l’as-tu pas dit ?
— Mais je te l’ai dit mille fois !
— C’est vrai. Je n’y faisais pas attention. L’habitude de jouer la comédie. Tu m’aimes donc, mon pauvre Joseph ?
— Et toi, tu ne m’aimes pas, Fiorella ?
— Je ne sais pas. Peut-être bien. Il me semble que oui quand tu me regardes. Voyons, regarde-moi sans rien dire. Je verrai bien si je t’aime.
Nous nous regardâmes longuement, et je cherchai à lire l’énigme qui se cachait dans l’azur de ses yeux. Cet azur donnait le vertige, et je ne pus d’abord en supporter l’éclat. Mais il se voila lentement sous la caresse dont je l’enveloppai.
Je sentis s’éveiller en moi mille sentiments confus que je traduisis dans l’adorable bavardage de l’amour. Je l’avais enlacée peu à peu de mes bras, et nos visages se touchaient. Sa poitrine se soulevait contre la mienne ; sa respiration était oppressée. Elle ne m’opposait aucune résistance, et se laissait bercer comme une poupée ; mais je n’obtenais d’elle aucune réponse ; elle n’avait pas l’air de m’entendre ; ses yeux fatigués se fermaient lentement. Je la soulevai vers moi, et, à défaut d’autre réponse, je voulus savoir si ses lèvres se détourneraient des miennes. Non. Seulement elle s’endormit.
Je demeurai stupéfait, ne sachant que croire, ne sachant que supposer. D’où me venait donc cet étrange pouvoir de lui fermer les yeux sous la fixité de mon regard ?