— Presque toujours ?
— Oui, seigneur.
— Un pareil présent s’est donc trouvé insuffisant quelquefois ?
— Je le confesse. Beaucoup de ces esprits montrent une cupidité extrême.
— Diantre ! diantre ! dit l’orfèvre. Et quelle somme faudrait-il leur offrir pour ne courir aucun péril de bastonnade ?
— Il est sans exemple que leurs mauvaises intentions n’aient pas été changées par un don de cent onces d’or.
— Eh bien dit Murano en soupirant, ajoutez les quarante onces que voici aux soixante qui sont dans la bourse.
A vrai dire, je fus touché par la candeur de ce brave homme, et pour un peu je me fusse écrié que j’étais, moi un imposteur, et lui un imbécile ! Mais je pensai qu’il n’aurait pas été courtois d’adresser un aussi fâcheux compliment à un personnage honorable, plus âgé que moi, et duquel, en somme, je n’avais reçu que de bons offices. Non, je ne pouvais pas blesser à ce point l’excellent seigneur Murano ! Je réprimai donc un mouvement qui eût choqué les convenances, et je reçus les quarante onces avec émotion.
Dès que nous fumes entrés dans la caverne, qui se trouva être pleine de brouillard, j’éteignis tout à coup la torche contre le sol, et je poussai dans l’ombre un hurlement effroyable que répétèrent les échos. La paysanne épouvantée se mit à crier, pris de panique à leur tour, l’orfèvre et le marquis joignirent à ce concert des gémissements d’effroi, et comme des oiseaux de nuit, réveillés par nos clameurs, battaient de l’aile au-dessus de nos têtes en allumant leurs yeux d’or, ce fut toute une diablerie dont j’eus lieu d’être assez satisfait.
Mon projet, que j’avais conçu soudainement était d’une simplicité ingénieuse. Avant que mes compagnons fussent revenus de leur première terreur, je gagnerais à tâtons l’issue étroite de la caverne, du côté de la mer, et je savais assez ce que valaient mes jambes pour être sûr qu’une fois échappé je serais peu aisé à rejoindre.