Lorenza ne put se rendormir. Elle cherchait à s’expliquer la nouvelle lubie qui avait troublé la tête de son amant, lorsqu’il lui sembla que le ciel lui tombait sur la tête.
Quarante tambours, alignés sous ses fenêtres, battaient aux champs… On n’entendit qu’eux pendant un quart d’heure.
Dès que le bruit cessa, les volets de la boutique furent assaillis de coups de poing si lourds que la maison en trembla. C’étaient les tambours qui demandaient à boire. Éperdus de terreur, croyant être assiégés, le passementier et la passementière se cachaient sous leurs couvertures.
Lorenza eut une crise de nerfs ; mais elle n’appela personne et passa le reste de la nuit à verser des larmes.
Aussi trouvai-je ses beaux yeux tout rouges quand j’arrivai pour la voir, dans la matinée. Je voulais apprendre la vérité sur cette étrange histoire de vacarme nocturne, qui courait la ville. La pauvre enfant put à peine m’expliquer les choses ; son père, absolument furieux, déclarait hautement qu’elle n’épouserait pas le drôle qui les livrait à la risée publique. Je ne savais que dire, quand nous vîmes arriver Roméo endimanché, qui demanda en souriant :
— Est-il vrai, belle Lorenza, qu’on vous ait donné cette nuit je ne sais combien de sérénades ?
Personne ne répondant, je pris la parole :
— Pourquoi parles-tu de cela ?
— Parce qu’on est venu me réclamer de l’argent ce matin ; il paraît que j’ai fait des miennes en dormant.
— Ainsi, dis-je, c’est toi qui as organisé cet abominable charivari ?