— Il faut bien le croire, puisque j’ai couru toute la nuit pour cela. Mille gens m’ont vu. J’ai même donné des ordres écrits que je ne puis méconnaître… et je ne me souviens de rien…
Ah çà ! pourquoi ces figures consternées ? La musique n’a jamais compromis des épousailles.
— Sortez dit le passementier avec un geste inflexible, et ne remettez jamais les pieds ici !
Roméo, stupéfait, regarda sa fiancée et comprit que tout était perdu.
Il sortit, chancelant comme un homme ivre. On conviendra que l’occasion était bonne : je me tournai vers Lorenza, que ses parents entouraient.
— Vous me connaissez, leur dis-je, et Lorenza sait combien je l’aime. Il n’y a qu’une façon de faire taire les mauvaises langues et d’étouffer ce scandale. Donnez-moi votre fille. Je suis riche, je suis noble, et je vous réponds de son bonheur. Parlez, mon cher amour ; voulez-vous de moi pour mari ?
Je me mis à genoux devant elle. Elle consulta son père du regard.
— On ne se marie pas ainsi, dit le marchand.
— Pardonnez-moi, répondis-je ; le mariage est tout prêt, il n’y a que l’époux de changé. L’acte est fait d’avance ; on n’écrit les noms des fiancés qu’à la sacristie. Lorenza peut être ma femme dans deux heures, si vous le voulez.
— Mais son Éminence, qui doit bénir le mariage, s’attend à voir Roméo.