Mon bandeau s’envola de mes yeux. Je dis qu’il s’envola, car il fut dénoué comme par magie, et j’eus l’impression d’un battement d’ailes au-dessus de mon front.

Je regardai. J’étais dans une salle très vaste et très sombre, carrée, toute de marbre noir. Du plafond à peine visible, tant il était élevé, pendait, au bout d’une longue chaîne d’or, une lampe ronde, toute rouge, qui avait l’air d’un énorme rubis.

Pas un siège, sinon un escabeau de marbre devant une table, de marbre également, où se trouvait un parchemin déroulé à côté d’une espèce de calame. Cette salle avait la majesté sinistre d’un temple sépulcral dont le dieu serait mort.

Sur l’une des parois noires, des signes apparurent, formant ces mots :

« Oui, c’est un sépulcre. L’homme qui entre ici n’en remporte pas son cadavre, mais son âme purifiée et renouvelée. »

Je demeurai confondu de cette muette réponse à ma pensée ; peut-être avais-je pensé tout haut.

Les signes s’effacèrent et firent place à d’autres qui me dirent :

« Assieds-toi, écris, avoue. »

Cet ordre n’avait rien qui pût me surprendre ; ces sortes de « confessions écrites » ou de « testaments » précédent d’ordinaire les initiations maçonniques. Je m’assis, je pris le calame, mais il n’y avait pas d’encrier sur la table. Ne sachant comment écrire, je levai la tête, instinctivement, et je lus sur le mur sombre :

« Que ta vie trace ta vie. »