On frappa à la porte. Sans faire un mouvement, je dis :

— Qui que tu sois, entre.

Le grand-duc se présenta, vêtu selon les rites, d’une longue robe sans ceinture ; il avait la tête découverte et les pieds nus.

— Qui es-tu, toi qui es entré ? m’écriai-je.

Il répondit :

— Je suis un des princes de la terre où nous sommes.

— Tu n’es pas même un des vers de la terre où nous dormirons ! répliquai-je. Malheur à qui s’enorgueillit de son rang ou de sa naissance, dans l’asile de la science et de la vérité ! Malheur à qui se nomme prince ou roi, en présence de celui en qui revivent les mages illustres de jadis : Osiris, qui fut Dieu ; Orphée, qui fut prophète ; Apollonius de Thyane, qui disait de Jésus : « Mon frère » ; Raymond Lulle, qui fut le bûcheron de l’arbre du bien et du mal ; Nicolas Flamel, qui mourut pauvre au milieu de la pluie d’or qu’il répandait sur le monde ; Jérôme Cardan, le pur ascète, dont l’esprit s’était affranchi des apparences terrestres ; Cornélius Agrippa, à qui les empereurs et les papes envoyaient des ambassades ; Guillaume Postel, qui conquit la doctrine absolue ; et le plus grand de tous, Philippe-Théophraste Bombaste, appelé Auréole Paracelse, l’irréprochable ivrogne qui vécut dans une frénésie divine et lucide, et qui guérissait à distance par l’effluve de son regard !

Sous ces reproches, le prince de Courlande baissa la tête.

— Dis que tu es un homme, cela suffit, repris-je, et tâche d’en être un. Que demandes-tu ?

— Je suis un humble profane, dévoré du désir d’être initié.