Il prolonge la vie, il secourt l’indigence ;

Le plaisir d’être utile est seul sa récompense.

Les vers eussent pu être meilleurs, mais le cardinal, ayant quatre cent cinquante mille livres de revenu, n’avait que faire d’être bon poète. Chaque fois qu’il me rencontrait, il ployait le genou devant moi, et ne se relevait que quand je lui avais donné ma main à baiser ; j’avouerai qu’il ne me déplaisait pas de voir à mes pieds la pourpre romaine. Au surplus, je l’estimais fort, ce prélat, quoique des impertinents aient prétendu le donner pour un personnage d’une extrême crédulité et d’une intelligence facile à surprendre. Il distinguait fort adroitement la part de vérité qu’il y avait dans mes prestiges. Qu’il ait été la dupe de Mlle de Valois, je ne saurais y contredire ; mais la mienne, non pas ; on le verra bien par la suite. Quoi qu’il en soit, Paris m’appartenait déjà, et Lorenza, dont la beauté grandissait en même temps que ma fortune, m’appartenait encore. Cette ville illustre et cette jolie femme, il y avait de quoi être satisfait. J’étais pourtant, ce matin-là, parfaitement maussade.

Lorenza, qui était couchée sur un sopha, me jeta au nez l’une de ses mules, et la vue de son petit pied nu ne réussit même pas à me faire sourire.

— Quel air boudeur ! dit-elle avec son beau rire d’enfant. Est-ce le moment d’être morose, le jour où ta femme va être élevée à la plus haute dignité de la terre ?

— Oui, tu seras ce soir Grande Maîtresse de la loge d’Isis. Puisque tu as l’air d’une déesse descendue sur la terre pour y demander des autels, il fallait bien qu’on t’en élevât. Mais, précisément, il y a dans la cérémonie d’intronisation des détails qui m’affligent.

— Et lesquels, mon Joseph ?

— Ta robe de grande-maîtresse doit s’écarter à un moment donné…

— Eh bien ?

— Je suis jaloux, Lorenza.