Elle me l’envoya !

Il était joli, très joli. Fait d’une mousseline transparente, garni de dentelles, pas très long, à manches courtes, un peu décolleté… »


Nous interrompîmes Rose Mousson. Ce n’était pas un bonnet qu’elle nous décrivait-là ! Un bonnet n’a pas de manches, un bonnet n’est pas décolleté.

— Vous êtes des imbéciles ! s’écria-t-elle en se renversant sur le dossier de sa chaise. Je vous dis que c’était un bonnet, et le plus joli du monde, bien qu’un peu fripé ; mais il n’en valait que mieux.


» J’étais absolument sûre de me marier maintenant ! Aussi, ma foi, dès que je fus de retour dans ma famille, je me conduisis avec une parfaite impertinence, et je fus coquette avec tout le monde. Qu’avais-je à craindre ? Je pouvais sourire à celui-ci, laisser un peu longtemps ma main dans la main de celui-là ; aucune imprudence ne devait me nuire, puisque j’avais le bonnet. Je fus de plus en plus folle ; si folle qu’une fois je ne refusai pas d’aller, vers dix heures du soir, toute seule, dans le jardin de mon père, avec un petit cousin que j’avais, et qui était venu nous voir pendant les vacances. Il voulait me montrer un nid de rossignol de muraille qu’il avait trouvé dans des pierres, derrière un tilleul. Il prétendait qu’on le verrait bien mieux la nuit.

Il était gentil, mon cousin. Svelte, brun, pâle, des petites moustaches déjà. Il me regardait avec des regards tendres qui m’entraient dans les yeux et me pénétraient jusqu’au cœur doucement, chaudement. Ce que j’éprouvais alors, les fleurs doivent le sentir quand il fait du soleil. Et il disait des mots divins. Ah ! ces paroles-là, vous ne les savez pas, vous ! moi je les ai oubliées à force d’en entendre d’autres. Ce soir-là, sous les branches, elles m’enivraient, et, pendant que nous cherchions le nid, je me laissais aller, attendrie, alanguie, dans les bras du petit cousin, qui me serrait plus fort, toujours plus fort, en baisant par instants mes cheveux… et qui glissa tout à coup sur l’herbe ! en m’entraînant avec lui. Car le matin, justement, il avait plu. Mais cela m’était bien égal qu’il eût plu, et que mon cousin eût glissé ; et cela me fut bien égal aussi d’être grondée par mon père quand nous rentrâmes, bien tard, au salon. Aucune inquiétude possible : j’étais sûre que mon amoureux m’épouserait, puisque j’avais le bonnet de la mariée. Ah ! bien, oui ! Huit jours plus tard, le petit cousin s’en alla. Et jamais plus je n’ai entendu parler de lui. Et voilà pourquoi je bois ce soir du champagne avec vous dans cet affreux cabinet rouge et vert où je m’ennuie depuis dix ans, quatre fois par semaine, régulièrement. »


La grande Clémentine éclata de rire.