— Des bêtises, les superstitions, dit-elle. Tu vois à quoi il t’a servi, le bonnet.

Mais Rose Mousson répondit, avec une jolie gravité que nous ne lui connaissions pas, une gravité d’enfant qui défend son joujou :

— Il ne faut pas rire de cette chose-là. Moi, d’abord, j’y crois, j’y crois toujours. On ne se trompait pas au couvent. Quand on a un bonnet de mariée, on est sûre de se marier bientôt. Seulement, il y a bonnet et bonnet.

— Qu’est-ce que tu veux dire ? demanda Clémentine.

— Écoute. Après la fuite de mon cousin, je m’en allai voir Adèle de Lamprade et je lui racontai mon histoire. Elle se mit à fondre en larmes, la pauvre amie, en s’écriant : « Je comprends tout, oh ! je comprends tout. » Je faillis la battre ! Sans doute, elle m’avait trompée, elle ne m’avait pas envoyé son bonnet de nuit de noce, elle m’en avait envoyé un autre ! « Oh ! non, non, me dit-elle en rougissant ; c’était bien celui-là, mais, comprends, le soir, avant de m’épouser, — mon mari me l’avait ôté ! »

LES TROIS BONNES FORTUNES

D’un geste vif, avec un air qui se décide, Mme de Ruremonde ferma son éventail ; et il s’envola de sa joue, dans le vent des feuilles repliées, une vague nuée de veloutine, qui monta, monta, redescendit, et s’arrêta, légère, éparpillée, aux frisons roux, tout près des yeux.

— Soit ! dit la rieuse jeune femme aux trois rivaux qui l’adorent infiniment, je consens à me départir de ma barbarie accoutumée. Mais entendez bien ceci : chacun de vous me contera, sans trop mentir, l’une de ses aventures d’amour, et puisque l’eau va aux fleuves, et les millions aux millionnaires, et le bonheur aux heureux, c’est à celui des trois à qui est échue, autrefois ou naguère, la plus précieuse, la plus rare, la plus parfaite bonne fortune, que j’accorderai de baiser, en présence des deux autres, l’ongle rose et cruel de mon petit doigt déganté !


Voici comment parla le plus vieux des amoureux :