— Je me suis ravalé, pour le plaisir des caresses, jusqu’à l’oubli des saines jalousies, jusqu’à l’acceptation sacrilège des partages.

— Je me suis vendue pour des colliers de perles et d’améthystes, et pour des billets de banque avec de l’or en tas.

L’employé s’écria :

— Sacrebleu ! vous en avez fait de belles ; des personnes aussi considérables que vous l’êtes auraient dû montrer plus de retenue et ne pas mener cette vie de Polichinelles. C’est bien votre faute, avouez-le, si vous avez perdu le respect et l’adoration de la race humaine ; et, entre nous, je crois fort que vous ne les retrouverez pas. Croyez-vous que les cochers les plus désintéressés rapportent des objets de cette sorte ? Ah ! si vous aviez habité en province, dans les petites villes ou dans les villages où s’éternisent les pures fiançailles, vous auriez quelque chance de reconquérir ce qui vous manque. Mais, à Paris, après tant d’aventures… Enfin, il faut voir, prenez la peine de m’attendre un instant. Je vais faire des recherches.


Ils attendirent longtemps ; car cet employé était un homme infiniment consciencieux. Il fureta sur toutes les planchettes, dans tous les casiers, dans toutes les armoires ; il vit des lorgnettes qui avaient convoité le dessous feuilleté des jupes des danseuses et la palpitation des gorges dans le bâillement des corsages ; des éventails derrière lesquels l’hypocrisie des baisers avait promis d’éternelles tendresses ; des miroirs où s’était miré le maquillage des lèvres menteuses ; il vit, dans des portefeuilles, perdus par des clubmen, des chèques qui auraient payé des sourires, et, dans des porte-monnaie perdus par des filles, des pièces d’or quémandées entre deux râles d’extase ; et il y avait, dans le pêle-mêle de tant de diverses choses, des vertus, des pudeurs, trouvées sur des coussins de fiacre, oubliées dans des chambres d’hôtels garnis, tombées dans le ruisseau de quelque ruelle où les ramassa, avec d’autres innocences avilies, le crochet de quelque chiffonnier ; il y avait aussi des virginités d’enfant jetées à la concupiscence ignoble des vieux, et que, le lendemain, avaient balayées vers le tas d’ordures, la servante des entremetteuses ! Mais l’honnête employé ne put mettre la main sur le respect et sur l’adoration qu’avaient perdus l’Amour et la Beauté ; et il revint vers son guichet, et il dit : « Vous savez, vous pouvez en faire votre deuil, nous n’avons pas ce qu’il vous faut. »


Alors la Beauté et l’Amour montrèrent la plus extrême désolation. A quoi cela lui servirait-il, à elle, d’être le charme et l’éblouissement des yeux ; à quoi cela lui servirait-il, à lui, d’être l’unique dispensateur des seules ivresses, si l’estime et la ferveur des âmes s’écartaient d’eux désormais ? Ils étaient des dieux méprisés par leurs prêtres ! On conviendra que cette situation avait quelque chose de fâcheux.

— Que voulez-vous que j’y fasse ? dit l’employé, la plume à l’oreille ; il fallait vous conduire en honnêtes divinités.

Mais une grosse voix, rude et bonne, cria :