— Peut-il en être un plus grand pour moi ? Je mourrai si je ne deviens pas l’époux de la princesse.
— Qui t’empêche de le devenir ? Roselinde n’est pas fiancée.
— Oh ! madame, regardez mes haillons, mes pieds nus ; je suis un pauvre enfant qui mendie sur les chemins.
— N’importe ! il ne peut manquer d’être aimé, celui qui aime sincèrement ; c’est la loi éternelle et douce. Le roi et la reine te repousseront avec mépris, les courtisans feront de toi des risées, mais si ta tendresse est véritable, Roselinde en sera touchée, et, un soir que, d’avoir été chassé par les valets et mordu par les chiens, tu pleureras dans quelque grange, elle viendra, rougissante et heureuse, te demander la moitié de ton lit de paille.
L’enfant secoua la tête ; il ne croyait pas qu’un tel miracle fût possible.
— Prends garde ! reprit la fée ; l’Amour n’aime pas que l’on doute de sa puissance, et il se pourrait que tu fusses châtié d’une façon cruelle à cause de ton peu de foi. Cependant, puisque tu souffres, je veux bien venir à ton aide. Fais un vœu, je l’exaucerai.
— Je voudrais être le plus puissant prince de la terre, afin d’épouser la princesse que j’adore.
— Ah ! que ne vas-tu, sans te troubler d’un tel souci, chanter une chanson d’amour sous sa fenêtre ! Enfin, puisque je l’ai promis, il sera fait selon ton désir. Mais je dois t’avertir d’une chose : lorsque tu auras cessé d’être qui tu es encore, aucun enchanteur, aucune fée, pas même moi ! ne pourra te remettre en ton premier état ; une fois prince devenu, tu le seras pour toujours.
— Croyez-vous qu’il prendra jamais envie au royal mari de la princesse Roselinde d’aller mendier son pain sur les routes ?
— Je souhaite que tu sois heureux, dit la fée avec un soupir.