— Malheureux prince, dit-elle, si ma pitié, à défaut de ma tendresse, peut vous être une consolation, je vous l’accorde volontiers. Je suis d’autant plus portée à vous plaindre, que j’endure moi-même le tourment qui vous navre.

— Que voulez-vous dire, princesse ?

— Hélas ! si je refuse de vous épouser, c’est parce que j’aime d’un amour sans espérance un vagabond qui passa un jour, pieds nus, les cheveux au vent, devant le palais de mon père, et qui m’a regardée, et n’est pas revenu !

ISOLINE-ISOLIN

I

Il arriva une fois que deux fées se rencontrèrent sur la lisière d’une forêt auprès d’une grande ville ; l’une d’elles, qui se nommait Urgande, était de fort maussade humeur parce qu’on avait négligé de la convier aux fêtes données pour le baptême de la fille du roi ! mais l’autre, — elle se nommait Urgèle, — éprouvait toute la satisfaction possible parce qu’on l’avait priée à ces belles réjouissances ; et, chez les fées, c’est comme chez les hommes : on est bon quand on est content, méchant quand on est triste.

— Eh ! bonjour, ma sœur, dit Urgèle.

— Bonjour, ma sœur, grogna Urgande. Je suppose que vous avez eu beaucoup de plaisir chez votre ami le roi de Mataquin.

— Plus de plaisir qu’on ne saurait dire ! Les salles étaient si bien illuminées que l’on se serait cru dans notre palais souterrain où les murs sont de pierreries et les plafonds de cristal ensoleillé ; on a servi les mets les plus délicats dans des assiettes d’or, sur des nappes de dentelle ; on a versé dans des coupes en forme de lys des vins si parfumés et si doux que je pensais boire du miel dans des fleurs ; et, après le repas, de jeunes garçons et de belles demoiselles, si légers et si bien vêtus de soies de toutes les couleurs qu’on les prenait pour des oiseaux de paradis, ont dansé des danses qui étaient les plus jolies du monde.

— Oui, oui, j’ai entendu d’ici les violons. Et sans doute, pour reconnaître une aussi agréable hospitalité, vous avez fait à la petite princesse, votre filleule, des dons fort précieux ?