— Comment l’aurais-je oubliée ? C’est ce soir-là que vous permîtes à mes lèvres, pour la première fois, de toucher votre joue, et, depuis ce temps, j’ai la bouche parfumée comme si j’avais mangé des roses.
— Oui, ce soir-là, vous me donnâtes un baiser, mais, s’il me fut doux, il fut cruel à l’ange qui me suivait parmi les branches pour m’avertir et me défendre. L’une de ses ailes s’envola de lui, tandis que me frôlait votre caresse. C’est la loi des gardiens à qui le ciel confie les jeunes filles, d’être les premières victimes des péchés qu’elles font.
— Oh ! la fâcheuse loi ! Je m’imagine que votre ange, estropié, doit être fort marri.
— Plus que vous ne sauriez le croire ! Penaud, chétif, incapable de retourner au ciel quand même il l’oserait, il se désole et pleure ; et j’ai le chagrin, la nuit, de ne pas rêver de vous, car il m’empêche de dormir, par ses lamentations.
— Il importe donc que nous lui rendions, à tout prix, son aile ! Je ne saurais me repentir du mal que j’ai fait, mais je voudrais pourtant qu’il eût un moyen de le réparer.
— Je pense qu’il y en a un, murmura-t-elle.
— Oh ! lequel ? dites vite !
— Il faudrait (elle parlait si bas qu’il l’entendait à peine), il faudrait remettre les choses en l’état où elles étaient avant la promenade sous les beaux citronniers. Mon ange a perdu son aile parce que j’ai reçu votre baiser ; il la reprendrait sans doute, si…
— Si ?… achevez, de grâce ?
— Si je vous le rendais !