En disant ces mots, frémissante et la pudeur aux joues, elle avait l’air d’une sensitive qui serait une rose ; et comme le prince s’approchait d’elle, extasié du moyen qu’elle avait imaginé, elle s’enfuit à travers les branches qui, secouées, éparpillèrent dans le soleil des gouttelettes de diamant et d’or.

Il courut, la rejoignit, la força de s’asseoir au pied d’un myrte plus grand que les grands chênes ; dans le mystère profond des bois, parmi le silence des nids qui se taisaient pour entendre, il lui parlait à genoux, comme on prie dans les temples.

— Vous que j’aime ! vous que j’adore ! pourquoi me fuir, après cette parole ! Ne m’avez-vous donné l’espérance de vos lèvres sur ma joue, que pour me laisser, plus amer, le désespoir de ne les avoir pas senties s’y poser, doucement ? Oh ! comme les fleurs sont ravies quand s’y ferme le vol d’un hélïas qui tremble ; c’est de délice que frémit l’eau rayée de libellules ; on ne peut concevoir la joie des feuilles qu’une colombe frôle. Mais combien je serais plus heureux que la fleur où le papillon se clôt, et que l’onde sous le tremblement des demoiselles, et que le feuillage caressé de plumes, si votre bouche, — ah ! votre bouche — m’effleurait de son souffle de rose !

Elle ne répondait pas, détournait la tête, ne voulait pas voir le cher visage d’enfant, épanoui comme le matin où elle aurait eu tant de plaisir à mettre un long baiser.

Il continua de parler, tristement :

— C’est donc que vous êtes bien cruelle, puisque vous ne voulez pas ! Je comprendrais que vous me refusiez l’incomparable joie que j’implore, s’il ne s’agissait que de moi, que vous n’aimez pas assez. Mais, ô méchante, vous ne songez donc pas à votre ange qui pleure son aile blanche ? Oubliez-vous qu’en me restituant le baiser reçu, vous lui rendriez le libre vol parmi les nuées et les étoiles de son paradis ? Comme il est malheureux, et comme il est à plaindre ! il se traîne sur le sol, au lieu de planer dans les aurores ; accoutumé à resplendir de jour, il est tout gris de poussière. Avez-vous jamais vu une tourterelle à demi morte qui veut regagner sa branche, et ne peut pas ? C’est à cet oiseau qu’il ressemble. Ah ! le pauvre. Si vous n’avez point pitié de moi, ayez pitié de lui, et résignez-vous à me rendre heureux, afin qu’il le soit !

Ce fut certainement à cette considération que céda l’hésitante jeune fille. Elle jugea que son devoir lui ordonnait de consentir au bonheur d’un homme pour le bonheur d’un ange ; et, lentement, avec ce retard des choses qui se savent désirées, ses lèvres s’approchèrent de la jeune joue en fleur. Elles s’y posèrent ! Un frémissement secoua les branchages. C’était l’ange qui s’envolait, avec deux ailes, joyeusement. Seulement les deux ailes, qui furent blanches, étaient roses, comme les deux baisers.

LES TRAITRISES DE PUCK

I

Un jeune homme, en armure d’argent, les ailes d’un alérion de neige éployées à son casque, chevauchait de grand matin, sur une cavale blanche ; il arriva qu’une belle princesse, en se promenant sous les pommiers en fleurs, le vit par delà la haie ; elle fut si émue qu’elle laissa tomber, avec un papillon qui était dessus, la jacinthe qu’elle avait dans la main.