— Seigneur ! s’écria-t-elle, ce n’est pas seulement mon petit doigt, c’est toute ma main, c’est toute ma personne que je vous donnerai en échange de la Belle que vous avez conquise. Vous serez le roi de mon royaume et l’époux de mon lit !

Et déjà elle faisait signe aux officiers et aux serviteurs de lui livrer la prisonnière.

Mais le prince :

— J’ai conquis la Belle du Monde, en effet, dit-il ; seulement, madame, je l’ai conquise pour moi, non pour vous ; pour mon amour, non pour votre haine. Parce que trop souvent votre barbarie, après tant de travaux où vous exposâtes ma vie, me refusa l’ongle de votre petit doigt, je ne veux pas de toute votre personne et j’emporte dans mon palais de Trébizonde celle, plus belle que vous, qui m’est aussi douce que vous me fûtes cruelle !

Là-dessus, il monta dans le palanquin dont les rideaux se refermèrent et l’énorme éléphant, prompt comme les légères antilopes, — car c’était, je pense, quelque éléphant enchanté, — disparut dans la poussière ensoleillée du chemin, tandis que la princesse Armarante, pour passer sa rage, mordait à belles dents dans les bras et les épaules de ses demoiselles d’honneur.

LA BONNE TROUVAILLE

L’employé du bureau des Objets trouvés ne manifesta pas le moindre étonnement lorsque, ayant levé la planchette de son guichet, il vit en face de lui, dans le corridor jaune et noir, un jeune homme beau comme une aurore de printemps, seulement vêtu d’un carquois d’or sur l’épaule et d’un bandeau de pourpre sur l’œil ; et ce jeune homme n’était pas seul, car il avait à son côté une dame, la mieux faite du monde, qui aurait paru tout à fait nue si elle n’avait été habillée des lys et des roses qui lui fleurissaient la peau ; mais elle avait une étoile en diamants dans les cheveux. L’employé, je l’ai dit, ne laissa voir aucune surprise ; ce ne serait pas la peine d’être un vieux Parisien, s’il fallait s’ébahir à tout propos.

Donc, il regarda les arrivants d’un air qui témoignait de la plus parfaite indifférence ; et, professionnel :

— Vous avez perdu quelque chose ? demanda-t-il.

— Oui, répondit le jeune homme vêtu d’un carquois.