— Vous ne savez pas ce que vous feriez si vous étiez courtois et complaisant comme il faut l’être avec les dames ?
— Que ferais-je ? demanda-t-il.
— Vous me laisseriez regarder de plus près cette petite lueur ; et, pour prix, je vous donnerais un baiser de ma bouche sur votre front. Il n’est rien de plus agréable que les baisers que je donne.
L’enfant ne vit aucun inconvénient à faire ce que voulait la jeune femme demi-nue. Quel péril y avait-il à laisser admirer, par cette belle créature sans méchanceté l’invincible lumière qui avait triomphé des bourrasques et de l’eau furieuse ? et il se sentait doucement ému à cause de l’espoir du baiser.
Il inclina son front pour qu’elle y mît sa bouche, pour qu’elle regardât à son aise la clarté d’or et d’azur.
De son côté, elle s’approchait, souriante, ouvrant ses lèvres roses.
O délicieux instant ! Mais sous le souffle de la jeune femme, pendant le baiser, la petite flamme bleue s’éteignit. Et, tout à coup, le voyageur fut enveloppé d’une nuit profonde. Et depuis bien des années il se lamente, marchant à tâtons, se heurtant à d’invisibles murs, roulant dans des précipices imprévus. Et jamais plus il ne retrouvera la route de l’incomparable Jardin.
MARTINE ET SON ANGE
I
En ce temps-là, dans ce pays, il y avait une enfant de quinze ans, appelée Martine, qui était sur le point de rendre l’âme. La maladie l’avait prise tout à coup ; maintenant elle allait trépasser. Ses parents, de pauvres campagnards qui ne possédaient rien autre chose qu’une vieille chaumière au milieu d’un maigre champ, éprouvaient une cruelle affliction ; car ils aimaient tendrement la jolie moribonde. La mère surtout se désespérait ; d’abord, parce qu’elle était la mère, et puis parce que, la chaumière se trouvant très loin du village, elle craignait que M. le curé n’arrivât pas avant la mort de Martine. Très dévote, elle pleurait en songeant que sa fille cesserait de vivre sans s’être confessée et sans avoir reçu l’absolution.