— Pour ce qui est de cela, n’ayez point de souci, madame, dit une voix si douce que les parents, malgré leur douleur, en eurent l’ouïe enchantée.
En même temps, ils voyaient, derrière le lit de l’agonisante, se lever une forme blanche, un peu vague, avec des ailes.
La voix reprit :
— Je suis l’ange gardien de Martine, et je pense qu’un ange peut remplacer un prêtre sans aucun désavantage. Tenez-vous dans ce coin, là-bas, ne retournez pas la tête. Votre enfant me dira ses péchés : comme elle est tout à fait innocente, ce sera l’affaire d’un moment.
II
Il arrive peu souvent qu’une jeune fille se confesse à un ange ; la chose arriva en ce temps-là dans ce pays. Martine eut bientôt fait d’avouer ses menues peccadilles ; le divin messager allait la bénir, pardonnée, non des mains, mais des ailes, lorsqu’elle se souvint d’une grosse faute qu’elle avait commise, la semaine passée. Envieuse d’un mouchoir de cou, en soie rose, si joli, que lui avait montré une voisine, elle l’avait dérobé pour s’en parer. Double crime : coquetterie et larcin. L’ange demeura perplexe.
— Je ne sais, dit-il, si je dois vous absoudre d’un tel péché. Où est-il, ce mouchoir ?
— Sous l’oreiller, mon bon ange.
— Il faudrait le restituer.
— Oh ! ce serait de grand cœur. Mais le puis-je ? Malade comme je suis, je ne saurais faire un pas ni même descendre de mon lit ; et la maison de la voisine est de l’autre côté du petit bois.