Byzance fut le siège d’une civilisation qui remplit la moitié de l’histoire du moyen âge et qui a répandu de vives lumières sur les peuples voisins.
Le règne de Justinien (527-565) fut pour la capitale une période d’extraordinaire splendeur. Après les ruines causées par la sédition Nika (532), l’empereur rebâtit la ville avec une prodigieuse magnificence, et les grandes églises de Sainte-Sophie et des Saints-Apôtres montrent, entre bien d’autres édifices, le développement somptueux de l’art byzantin.
A l’époque de la dynastie macédonienne, Constantinople n’était pas moins prospère. Ses monuments, ses palais, et surtout ses cérémonies grandioses en faisaient alors la première ville du monde. Un grand mouvement littéraire et scientifique animait l’Université de la capitale. De toutes parts, la jeunesse y accourait pour s’instruire. On y trouvait tous les manuscrits de l’ancienne Grèce. Il est évident que, sans Byzance, nous ne posséderions rien des manuscrits et des œuvres de la Grèce antique.
L’art byzantin rayonnait sur tout l’Orient et l’Occident. Autour de l’empereur Constantin Porphyrogénète, qui était lui-même un artiste, les peintres, les architectes, les sculpteurs, les hommes de lettres se groupaient pour ajouter à la beauté de la ville et enrichir les bibliothèques.
La savante diplomatie des empereurs Comnènes fit plus tard de Byzance le centre de la politique européenne et asiatique. Mais elle ne suffit pas à enrayer la décadence qu’amenaient les troubles intérieurs, la corruption des mœurs et la misère économique dont souffrait l’Empire par suite de l’exploitation commerciale étrangère et des folles dépenses de la cour.
A tous ces malheurs, s’ajoutaient les discordes religieuses qui séparaient les Grecs et les Latins et qui préparèrent la chute de l’Empire.
En France, un saint homme, appelé Foulque de Neuilly, avait avec l’autorisation du pape Innocent III, prêché une quatrième croisade. Plusieurs comtes et barons formèrent une armée de croisés et envoyèrent des messagers à Venise pour prier cette république de leur prêter le secours de ses vaisseaux. Un traité fut signé entre l’armée des croisés et les Vénitiens. Le doge de Venise, Dandolo, âgé de quatre-vingt-dix ans, entreprit lui-même la croisade.
A cette époque, régnait à Byzance l’empereur Alexis, qui avait détrôné son frère Isaac, lui avait fait crever les yeux et l’avait jeté en prison avec son fils Alexis le Jeune. Ce dernier parvint à s’échapper, alla trouver le roi des Romains, Philippe de Souabe, qui avait épousé sa sœur et le décida à envoyer des messagers à Venise avec mission de détourner les efforts des croisés sur Byzance.
Les messagers dirent, raconte Geoffroy de Villehardouin[7]: «Puisque vous marchez pour Dieu, pour le droit et pour la justice, à ceux qui sont déshérités à tort vous devez rendre leur héritage si vous pouvez... Tout premièrement, si Dieu accorde que vous le remettiez en son héritage, il mettra tout l’empire de Romanie en l’obéissance de Rome dont il est séparé depuis longtemps. Après, il sait que vous avez dépensé tout avoir et que vous êtes pauvres, il vous donnera donc deux cent mille marcs d’argent et des vivres à tous ceux de l’armée, petits et grands.»
[7] Poujoulat, Histoire de la conquête de Constantinople.