Mehmet II eut d’abord affaire aux Caramans qui inquiétaient le pays. Il résolut donc de marcher tout de suite contre eux, et d’annexer leur État à l’empire. Le Bey de Caramanie effrayé s’enfuit à Tach-Ili, tandis que le Sultan faisait une entrée triomphale à Konia. Se voyant perdu, le bey promit obéissance au sultan et lui donna sa fille. Mais Mehmet ne laissait jamais une affaire sans qu’elle fût définitivement réglée. Il voulut imposer au vaincu des conditions plus dures. Pendant ce temps, l’empereur de Byzance avait fait demander par un ambassadeur qu’on augmentât la pension d’Orkhan, qui était toujours à Byzance. Le Sultan, indisposé par les exigences de l’Empereur, renvoya l’ambassadeur en lui répondant évasivement et donna l’ordre à l’armée de lever le camp. Lorsque l’armée fut arrivée près de Brousse, il se produisit un petit incident qui fit une profonde impression sur l’entourage du Sultan. Les janissaires arrêtèrent le Sultan, pour lui demander le don de joyeux avènement. Les pachas se montraient inquiets, mais Mehmet marcha courageusement, seul, vers les troupes, en poussant son cheval contre les janissaires qui, pour ne pas être écrasés, durent se retirer du chemin. Le Sultan manda les chefs de ce corps d’élite, et leur fit donner cent coups de bâton sur la plante des pieds. Cet acte de vigueur étonna beaucoup les pachas, qui jusqu’alors n’avaient pas eu l’occasion d’apprécier le caractère énergique du Sultan.
Mehmet quitta Brousse avec toute son armée et se rendit par Ismid (Nicomédie), jusqu’au Bosphore. Là, il demanda à l’empereur Constantin Dragasès de lui céder la place de Roumili-Hissar, située en face d’Anatoli-Hissar. Cette dernière forteresse avait été élevée par le sultan Bajazet, sur les ruines d’un temple de Jupiter. L’Empereur répondit au Sultan que l’emplacement de Roumili-Hissar ne lui appartenait pas, mais était possédé par les Génois (1452). Mehmet, sans tenir compte de cette objection, fit commencer immédiatement les travaux d’un fort à Roumili-Hissar par les 2.000 maçons et les 4.000 ouvriers qu’il avait amenés avec lui. En même temps, il donna l’ordre de réparer la forteresse d’Anatoli-Hissar.
Constantin XI, prévoyant le danger qui menaçait la ville, envoya à Mehmet des ambassadeurs pour conclure un traité et lui offrir un tribut annuel. Le Sultan leur répondit froidement que son intention n’était que de barrer le Bosphore aux Génois et aux Vénitiens, qui entravaient sans cesse le passage des troupes ottomanes. «Mon père, dit-il, empêché par les Byzantins de franchir l’Hellespont pendant la campagne de Varna, avait juré d’élever une forteresse à cet endroit du Bosphore; je ne fais qu’exécuter sa volonté. Dites à l’Empereur que je ne ressemble pas à mes ancêtres, qui étaient trop faibles et que mon pouvoir atteint un degré auquel ils ne pouvaient aspirer.»
Il est certain que la construction de ces forts était le pas fait pour préparer le siège de Constantinople, mais le but immédiat n’était réellement que d’assurer le libre passage des troupes ottomanes en Roumélie.
Pendant les travaux, les champs et les jardins des environs eurent naturellement à souffrir des travaux et des pillages des soldats. Une deuxième fois, Constantin envoya des courriers pour prier le Sultan de faire cesser les ravages. Mehmet, loin de tenir compte de cette réclamation, n’arrêta rien et donna même l’ordre de faire paître les troupeaux sur les champs des Grecs.
Constantin, devinant enfin les intentions du Sultan, sentit le besoin de changer de langage. Il envoya de nouveaux ambassadeurs à Mehmet en l’assurant de son amitié. En outre, l’Empereur, qui connaissait bien le faible des hauts personnages ottomans, leur faisait parvenir de nombreux cadeaux. Il gagna ainsi à sa cause Halil et Chahabuddin pachas, qui conseillèrent au Sultan de ne pas mettre le siège devant Byzance et de se contenter du tribut que lui offrait l’Empereur. Mais Mehmet, loin de les écouter, les chargea de lui trouver des hommes au courant de la topographie de la ville, de ses fortifications et de ses portes.
Pl. 5.
| Tour de Galata | Mosquée de Tophané |
L’Empereur, de son côté, cherchait à gagner du temps. Il espérait obtenir des secours de l’Europe, et voulait mettre la ville en état de soutenir un siège qu’il redoutait prochain.