Le fort de Roumili-Hissar fut terminé en quatre mois. On y avait travaillé jour et nuit. Ce fut une des forteresses les plus redoutables de l’époque. On plaça de grosses pièces de canon sur la tour la plus voisine de la mer, qu’on appela la tour de Halil Pacha. Firouz Agha fut nommé commandant de la forteresse, qui reçut une garnison de 400 janissaires. Tous les navires qui montaient ou descendaient le Bosphore furent soumis à la visite et à un droit de passage.

Sfendiar bey, gendre du Sultan, à la tête d’un convoi de chevaux et de troupeaux, ravagea les champs des Grecs, près d’Epibatos, ce qui occasionna une querelle sanglante. En l’apprenant, le Sultan envoya des troupes pour châtier les Grecs. Alors les Byzantins fermèrent toutes les portes de la ville, déclarant prisonniers les Ottomans qui s’y trouvaient. L’Empereur, changeant d’attitude, alla jusqu’à menacer le Sultan de rendre la liberté à Orkhan, petit-fils de Suleiman, ce qui n’eût pas manqué de créer des troubles à l’intérieur de l’Empire ottoman. Le Sultan se montra fort irrité et somma l’Empereur de lui remettre la ville, ou sinon qu’il se préparât à la guerre pour le printemps prochain.

Les mesures de Constantin étaient déjà prises et, aussitôt toutes les portes furent murées.

Le fort de Roumili-Hissar (nommé fort de Bogaz Kessen) venait d’être terminé (1452). Le sultan Mehmet, partit de là le 14 août 1452 pour se rendre à Andrinople, et y terminer les préparatifs de la guerre. En route, il s’arrêta quelques jours aux environs de Constantinople pour relever lui-même le plan des fortifications. Le bey Ierbey Tourkhan fut envoyé contre Démétrius et Thomas, frères de Constantin, qui gouvernaient alors en Morée, pour les empêcher de venir au secours de Byzance.

Plusieurs causes morales et religieuses militaient auprès des troupes en faveur de cette guerre. Tout d’abord, le Prophète avait prédit la prise de Constantinople. De plus, le souvenir des cruautés exercées sur les musulmans par les empereurs byzantins comme Nicéphore Phocas avait excité vivement leur désir de vengeance. Enfin les Ottomans tenaient à posséder Constantinople pour en faire la capitale du monde.

A peine arrivé à Andrinople, Mehmet étudia les moyens de s’emparer le plus facilement de Byzance. Il s’entoura d’ingénieurs et d’hommes capables, se fit décrire la place, dessina lui-même le plan du siège en indiquant les points d’attaque, l’emplacement des tours mobiles, des béliers et des catapultes. Sur ces entrefaites, un Hongrois, nommé Urbain, qui avait été au service de l’empereur de Byzance et qui, mécontent de son traitement, avait quitté la ville, vint trouver le Sultan et lui proposa de fondre des canons d’une dimension colossale. Les deux premiers canons fondus par lui furent placés dans la tour de Halil Pacha à Roumili-Hissar. A cette époque, les canons étaient encore très primitifs, car il y avait à peine un siècle qu’on les avait inventés. Les premiers coups de ces canons furent tirés sur un navire vénitien qui voulait forcer le passage du Bosphore. Ce navire était commandé par un capitaine nommé Ricci; il fut coulé immédiatement. Encouragé par ce succès, le Sultan fit fondre des canons plus forts qui lançaient des boulets de pierre de 600 kilogrammes à un mille de distance. L’armée marcha sur Constantinople (février 1453) au son des tambourins et des grosses caisses. Le grand canon était tiré par 50 couples de bœufs; il fallait 700 hommes pour le diriger et pour établir les routes sur lesquelles il devait passer.

Tous les petits forts byzantins que l’armée rencontra se rendirent sans résistance. Il fallut plus de deux mois pour arriver au pied des murailles de Constantinople.

Constantin, de son côté, avait remis les murs en état et accumulé des vivres en quantité suffisante pour nourrir les assiégés pendant six mois. Il avait demandé le secours d’Hunyade et d’Alphonse, roi de Naples, en leur offrant plusieurs duchés.

On tendit la grande chaîne[8] de l’une à l’autre rive de la Corne d’Or pour empêcher le passage de la flotte ennemie. On arma les tours et le sommet des murailles de canons, de balistes et autres machines de guerre.

[8] Cette chaîne, dont on voit encore aujourd’hui une partie dans la cour de l’église de Sainte-Irène (actuellement musée d’armes) était tendue entre Galata et Stamboul en travers de la Corne d’Or. Ses deux extrémités se fixaient à deux tours, et le poids de la chaîne, qui empêchait le passage des navires, était supporté par des flotteurs.