L’état moral de la ville laissait bien à désirer et allait en s’aggravant. L’Empereur, qui avait demandé le secours du pape, n’obtint que des prêtres catholiques pour célébrer la messe selon le rite latin; à leur tête, se trouvait le cardinal Isidore. Pendant une assemblée qui se tint à Sainte-Sophie (12 novembre 1452) pour discuter de l’union des deux Églises, le débat dégénéra en un tumulte terrible. Une partie de l’assemblée, qui espérait sauver la ville, grâce au secours de l’Europe, était favorable à l’union. Mais l’autre préférait mourir plutôt que de changer de dogme et de se soumettre à Rome. Au cours d’une séance, quelqu’un cria même: «Plutôt le turban que la tiare.» Tout cela retardait l’arrivée des secours du pape. Les Vénitiens offrirent cinq grands navires et les Génois, qui occupaient alors Chio, envoyèrent deux navires avec 700 hommes. La démoralisation régnait dans la ville. Les uns disaient qu’elle serait prise; d’autres, que les Turcs arriveraient jusqu’à Sainte-Sophie, mais que là, ils seraient repoussés. On mura soigneusement plusieurs portes, par lesquelles, selon les oracles, l’ennemi devait pénétrer.

L’armée ottomane au contraire, soutenue par une foi ardente, marchait courageusement à l’assaut, dans l’espoir de conquérir la plus belle ville du monde, et d’allumer prochainement les lampes d’huile sur les tombeaux des saints musulmans qui étaient tombés au cours des différents sièges.

Un vendredi après Pâques (1er avril 1453, v.-s.), les Byzantins virent avec stupeur les turbans des Turcs près des murailles; de la Propontide à la Corne d’Or, les champs qui se trouvaient en face des murailles étaient couverts de tentes. Les troupes arrivées de la Turquie d’Europe avec le sultan Mehmet, furent installées en face de la porte d’Andrinople et leur front formait une ligne se déployant jusqu’à la Corne d’Or. Les troupes d’Asie Mineure, qui avaient passé l’Hellespont, formèrent l’aile droite de l’armée du siège.

Une partie de l’armée, sous les ordres de Saganos pacha, le beau-frère du Sultan et de Karadja bey, était campée à Ok Meidan (champ des flèches), situé sur les hauteurs de Kassim Pacha et aux environs de Péra, afin de surveiller les Génois qui, malgré leur engagement de rester neutres, secouraient secrètement Byzance. De forts détachements de cavalerie gardaient l’arrière de l’armée pour éviter toute surprise.

Le Sultan avait établi son quartier général sur les petites collines situées en face de la porte de Saint-Romain (Top Kapou, Porte du Canon). Les lignes les plus rapprochées des murailles étaient à une distance d’un mille environ.

Pl. 6.

Porte Melandisia Porte de Rhegium

III.—LA PRISE DE CONSTANTINOPLE

Ce siège mémorable commença le 6 avril 1453. Les Ottomans avaient pris toutes les mesures pour atteindre leur but. Les lignes des assiégeants entouraient les murailles depuis la porte des Sept-Tours jusqu’à la Corne d’Or. La partie des murs qui se trouvait entre le palais du Porphyrogénète et la porte Saint-Romain avait été choisie comme point d’attaque, car c’était l’endroit le plus faible. Karadja bey commandait l’aile gauche depuis la Xyloporta jusqu’à la porte de Charisios. Ishak et Mammoud bey commandaient les troupes campées entre la partie des murs appelée Myriandrion et la mer de Marmara. L’historien vénitien Barbaro relate que les Ottomans avaient installé trois bombardes en face du palais impérial des Blaquernes, deux en face de la porte de Charisios, quatre en face de la porte Saint-Romain, avec trois autres grands canons qu’on avait d’abord placés près de la porte Caligaria. Un parc de siège faisait face à la porte de Pegae ou Pigi (porte de Silivri).