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Tout l’effort de l’ennemi se portait sur les murailles du côté de la terre. Les assauts se multipliaient, mais sans résultat. Mehmet estima nécessaire la coopération de la flotte, que la grande chaîne empêchait de pénétrer dans la Corne d’Or.

Le Sultan attachait une grande importance à sa flotte; elle devait arrêter les secours que la ville pourrait recevoir du dehors. Pourtant, d’après les historiens, cette flotte n’était pas considérable: elle n’était composée que de petites embarcations, de voiliers, de transports et de galères à une seule rangée de rames. Elle était commandée par un Bulgare devenu musulman, qui s’appelait Balta-Oglou Suleiman bey.

La flotte ottomane était d’abord restée dans le petit port de Balta-liman[11], au Bosphore. Au début du siège, postée d’abord près de Dolma Bagtché, elle leva l’ancre pour attaquer les navires qui étaient rangés derrière la chaîne, mais la défense énergique des Byzantins et les effets désastreux du feu grégeois l’obligèrent à reculer. Averti par les voiliers turcs venus à la hâte de l’Hellespont, que de grands navires génois et vénitiens arrivaient au secours de la place, le Sultan donna l’ordre à la flotte de se former en ligne pour défendre l’entrée du port.

[11] Ce nom vient de Balta Oglou, amiral turc.

La bataille navale qui eut lieu se termina par la victoire de l’ennemi, dont les vaisseaux purent pénétrer dans le port[12] avec 5.000 hommes de renfort. Selon les historiens grecs, ces navires, au nombre de cinq, avaient des bordages très élevés, ce qui leur permit d’écraser les petites galères ottomanes et d’incendier au moyen du feu grégeois une partie considérable de la flotte turque.

[12] D’après quelques historiens turcs, qui semblent avoir copié les auteurs étrangers, ce port serait celui de la Corne d’Or, mais cela paraît bien improbable. En effet, si l’on avait démonté la chaîne de ses flotteurs pour laisser passer les vaisseaux grecs, on n’aurait pu la remettre assez rapidement pour empêcher les galères ottomanes de pénétrer à leur suite. Selon un manuscrit turc trouvé dans la bibliothèque de Sainte-Sophie, les navires grecs n’auraient été que deux, et le port dans lequel ils purent entrer, serait celui de Théodose, ou Julien, sur les bords de la Marmara. Cette version paraît d’autant plus vraisemblable que ce port étant protégé par des tours et des portes en fer, les navires de secours pouvaient y entrer facilement sans être obligés de courir le risque de livrer bataille au large pour gagner la Corne d’Or.

Ils parvinrent assez facilement à pénétrer dans le port. Le Sultan, qui du rivage assistait au combat naval, était très excité. Il alla jusqu’à pousser son cheval dans la mer, vers une galère qui luttait à une courte distance du bord près de Makri Keuy.

Cette victoire navale de l’ennemi, les réparations actives que les assiégés apportaient aux murailles, la destruction des tours mobiles avaient fortement abattu le courage des Ottomans. C’est à ce moment que l’Empereur byzantin demanda à traiter, offrant un tribut annuel au cas où le siège serait levé.