—Des lettres, envoyées par vos pachas, nous engageaient à résister.
Le grand vizir Halil pacha[19], soupçonné depuis longtemps, fut alors jeté dans la forteresse des Sept-Tours. Quant à Notaras, il eut sa grâce et le Sultan lui demanda la liste des grands fonctionnaires byzantins à qui il accorda des brevets.
[19] Halil fut exécuté par ordre du Sultan qui, outre sa trahison, n’avait pas oublié que ce même grand vizir l’avait fait descendre du trône du vivant de son père Mourad. Cet exemple de l’exécution des premiers ministres fut souvent suivi par les souverains.
Le corps de l’Empereur fut reconnu à ses brodequins pourpres portant des aigles brodés d’or. Le pillage dura deux jours. Bientôt le calme se rétablit dans la ville et le vendredi troisième jour de la conquête, la prière du vendredi (djouma namazi) eut lieu dans l’église de Sainte-Sophie, transformée à la hâte en mosquée. Le Sultan, cimeterre en main, monta lui-même sur le Minber et dit la Kotba. On lit dans quelques manuscrits que, ce jour-là, un prêtre grec sortit des sous-sols de l’église où il était resté caché pendant trois jours, embrassa l’islamisme et montra au Sultan le trésor de l’église.
Ce jour même, le Sultan envoya des ambassadeurs aux Génois de Galata. Un nouveau traité fut signé entre les Génois et les Ottomans, traité par lequel les Génois s’engageaient à démolir la partie supérieure des murs de Galata.
Pour célébrer la conquête, le Sultan réunit l’armée en un grand banquet sur les hauteurs de Kassim pacha[20]; son enthousiasme était tel qu’il offrait de sa main les mets et les fruits à ses vizirs. Comme ces derniers s’en défendaient, le Sultan leur répéta la parole du Prophète: «Le Seigneur d’un peuple, c’est celui qui le sert.» Il récompensa par des cadeaux les chefs de l’armée.
[20] L’endroit où eut lieu cette fête s’appelle Ok Meidan (champ des flèches). Ce nom lui vient des exercices de tir à l’arc qu’on avait l’habitude d’y faire depuis le banquet jusqu’à ces derniers temps.
Les fêtes[21] durèrent plusieurs jours. Quelque temps après, le Sultan envoya une lettre et des présents au sultan d’Égypte, pour lui annoncer la conquête de Constantinople.
[21] Quelques auteurs européens prétendent que les musulmans, pendant cette fête, burent à l’excès, chantèrent et se livrèrent à toutes sortes de débauches. Ces historiens ne prennent pas en considération que les musulmans, surtout au moyen âge, ne touchaient jamais aux boissons alcooliques qui leur étaient absolument interdites par leur religion.
Mehmet laissa aux chrétiens le libre exercice de leur culte ainsi que plusieurs églises; il nomma un patriarche.