Au pied de ce promontoire, la douane byzantine était établie. Prusias, roi de Bithynie, l’avait enlevée aux Byzantins en 192 avant J.-C. Vers le XIVe siècle, les Génois l’occupèrent sous les Paléologues et bâtirent, avec les fragments d’Hiéron, le château fort dont on retrouve aujourd’hui les ruines.
«C’est en ce lieu grandiose, raconte M. Schlumberger, que l’eunuque pontife, Ignace, arraché à sa cellule d’Anderovithos, fut jeté par ses gardes dans une étable à chèvres; on l’y laissa de longs mois en plein hiver, demi nu, enchaîné, mourant de faim. Chaque jour, Lalacon le frappait et le couvrait d’injures. On croit rêver en songeant que ce prisonnier était le chef de l’église établie et que ceci se passait à quelques heures de la ville la plus civilisée, rendez-vous des philosophes et des lettrés de tout l’ancien monde».
Pl. 12.
| Sainte-Sophie.—Gynécée. | Sainte-Sophie.—Gynécée. |
En suivant la rive asiatique du Bosphore, on arrive à la petite échelle nommée Sutludjé, d’où un sentier conduit sur la plus haute montagne du Haut-Bosphore. Au sommet de cette montagne (180 mètres au-dessus de la mer) se trouve le tombeau de Josué (Youcha), le juge des Hébreux, vénéré aussi par les musulmans. Les superstitions de tous les temps se mêlent autour de cette tombe gigantesque qui a quatre mètres de longueur et un demi-mètre de largeur. Selon les uns, c’était le lit d’Hercule, selon les autres le tombeau d’Amycus, tué par Pollux. Les musulmans la considèrent comme la tombe de Josué. Les malades s’y rendent souvent et, pour se mettre sous la protection du saint, attachent des bouts de chiffons aux grilles de cette tombe, espérant ainsi obtenir la guérison de leurs maux.
Cette montagne possède quelques ruines byzantines provenant peut-être de Saint-Pantéléimon et un ayasma (source sacrée) dont l’eau donne aux femmes stériles, dit-on, l’espoir de connaître les joies de la maternité. A l’époque byzantine, cet endroit portait le nom de Κλίνη Ἡρακλέους, lit d’Hercule.
L’histoire ne parle ni de la mort ni de l’enterrement d’Hercule qui, pendant l’expédition des Argonautes, avait quitté ses compagnons avant l’entrée du Bosphore. Mais, à ce propos, le docteur Mordtmann, dans ses études sur le Bosphore, écrit justement: «En lisant chez Strabon que les ossements de Melkart étaient conservés à Cadix dans un magnifique tombeau en marbre, au milieu de son temple, nous pouvons bien admettre qu’il s’agit aussi, sur le mont du géant, d’un tombeau ou lit de Melkart, l’Héraclès Syrien, relique préhistorique de la navigation phénicienne pour le Pont-Euxin.
«La découverte d’un dieu phénicien dans les décombres d’Amathonte de Chypre, statue en calcaire poreux de 4 m. 20 de hauteur, appartenant au VIIIe siècle et conservée actuellement au Musée impérial ottoman (pavillon Tchinili Kiosk), nous a fait connaître Baal Melkart, appelé par les Hellènes Ἡρακλῆς ἄρχηγευς de Tyr.
«On célébrait la fête du réveil de Melkart pendant la saison où les eaux de source recommençaient à couler».