On sait que, bien avant la prise de Troie, les Phéniciens naviguaient dans la mer Noire, ouvrant ainsi un chemin au commerce de Tyr et de Sidon. D’ailleurs, le nom phénicien Achkenas, donné à cette mer, suffirait à l’établir. Les Grecs ont fait de ce nom, Achkenas, ἔυξενος (Euxin), attribuant ainsi comme toujours aux mots traduits par eux la signification qu’ils leur souhaitaient. Ils appelaient hospitalière une mer qui ne l’était guère, souhaitant sans doute calmer, par ce qualificatif flatteur, les tempêtes qui l’agitaient.
Au pied de cette montagne se trouve le célèbre village de Beïkos, où les vaisseaux des Argonautes se ravitaillèrent et où le roi Amycus fut tué.
C’est à Tchoubouclou que s’élevait autrefois le cloître des Akoimètes. Lembos (Kanlidja) possédait un petit port appelé Lycadien, Nafzimakion (Vani Keui), un monastère construit par Justinien, où les femmes de mauvaise vie se retiraient pour y passer leur vie en prières.
Le long des rives asiatiques du Bosphore, nous pouvons citer encore les villages d’Anatoli-Hissar où Bayazid Ier construisit un château fort pour assurer le passage de son armée sur le Bosphore, Botamonion (Geuk Sou), où se trouvent les Eaux douces d’Asie, Protos Discos (Tchenguel Keui), Deuteros Discos (Beyler bey), Chrysokeramos (tuiles dorées) (Kousgoundjouk), le port du Bœuf, Eukus Limani, et enfin Chrysopolis (ville d’or), aujourd’hui Scudar ou Scutari situé en face de la pointe du Seraï. Son nom lui venait selon les uns de Chrysès, fils d’Agamemnon, et selon les autres du mot uscudar qui veut dire en persan lieu de campement. Les Persans accumulaient les richesses de l’Asie Mineure dans cette ville qui a joué dans l’histoire un rôle important. A l’époque des Byzantins, ces parages étaient désignés pour servir au campement des soldats nommés scutarii, qui y avaient leur caserne appelée scutarion. Cette étymologie paraît la plus vraisemblable.
Entre cette ville et Byzance, à peu de distance du rivage asiatique, se dresse en pleine mer un petit rocher surmonté d’une tour. Dans cette tour qui a perdu sa forme primitive, les Byzantins avaient installé un bureau de douanes, et elle est célèbre dans l’histoire sous le nom de la tour de Damalis. Damalis, femme de Charès, général athénien qui résidait à Chrysopolis, fut enterrée sur ce rocher même. Les Européens l’appellent tour de Léandre et les Turcs, Kis Koulessi (tour de la fille). Après la conquête turque, cette tour ayant menacé ruine fut démolie et rebâtie en bois. Quand elle fut plus tard la proie des flammes, on la rebâtit en pierre (sous Ahmed III).
Damalis, le promontoire situé vis-à-vis de la tour de Léandre, portait une statue représentant une vache. Une autre statue semblable se trouvait entre Couroutchéchmé et Ortakeui, sur un point appelé Vaka. Plusieurs promontoires du Bosphore portaient également des colonnes que les Phéniciens avaient érigées sur le passage de leurs navigateurs et qui remplissaient un rôle analogue au service actuel des phares.
Chalcédoine, Kadi Keuï[28], existait bien avant la fondation de Byzance. C’est la ville que la fable a présentée comme le village des aveugles; les raisons qui avaient fait choisir Kadi Keuï, de préférence à la ville de Byzance, ne témoignaient pourtant pas d’un tel aveuglement. Elles étaient inspirées par diverses considérations pratiques, telles que la fertilité du sol, l’abondance de l’eau et peut-être aussi par ce fait que la côte d’Europe était déjà occupée par un peuple guerrier, comme l’attestent les murs cyclopéens mis à jour par les travaux du chemin de fer de la Turquie d’Europe à la pointe du Seraï. Le Dr Paspati prétend même qu’il a dû exister là autrefois une acropole semblable à celle de Mycènes et de Troie. Codinus dit qu’à la place de la colonne brûlée s’élevait un sanctuaire du cavalier thrace.
[28] Le nom actuel de Kadi Keuï (village du juge) date du moment où les revenus de ce village ont été donnés comme appointements, Arpalik, par le Sultan conquérant à Hidir bey, premier Kadi (juge) de Constantinople.
Ce village était fameux par son temple d’Apollon, que remplaça l’église d’Euphémie rendue célèbre par le concile de 451. Valens en avait démoli les murailles pour construire son aqueduc. Les Turcs l’appelèrent d’abord Kaldja Dunia[29].
[29] D’après Melling, l’architecte du Sultan Selim III, qui dessina en 1715 une vue de ce village, Kadi Keuï ne possédait alors que 400 maisons environ; actuellement on en compte plus de dix mille.